Le premier rapport* annuel sur l'avancée des travaux sur le CCD engagés en 2008 a été publié en Juin 2009. Apivet.eu a évoqué ces travaux dans une note publiée le 2 septembre 2009 et il y a quelques mois. De nombreux scientifiques de 8 agences fédérales, de départements de l'agriculture de deux états, de 22 universités et de plusieurs laboratoires privés se sont mis au travail.
En voici un résumé aussi fidèle que possible. Mais la leçon américaine est intéressante car les laboratoires travaillent ensemble afin de réussir à améliorer la santé de l'abeille. Il s'agit d'une synergie positive, qui ne peut que donner des résultats.
Les travaux ont été organisés en 4 domaines thématiques:
1. Recueil des études et des données (d'échantillons),
2. Analyse des échantillons existants,
3. Recherche pour identifier les facteurs affectant la santé de l'abeille, incluant des tentatives de recréer les symptômes du CCD,
4. Mesures prophylactiques.
Voici ce que dit ce rapport d'étape:
THEME I. Recueil des études et des données
Dans ce cadre, les travaux ont permis de mieux définir les symptômes du CCD, et ont démontré l'augmentation des pertes d'abeilles (31% en 2007 et 35% en 2008), au delà des pertes constatées en 2006 atteignant les 25% de pertes de colonies. Le rapport n'est pas en mesure de donner de résultats pour 2009.
Les études ont également mis en évidence une augmentation des organismes pathogènes et des taux de pesticides en relation avec une mauvaise santé des colonies d'abeilles.
Dans ce premier domaine, les travaux se poursuivent sur l'état de santé (en général) de l'abeille et l'affinement de la symptomatologie du CCD. En outre, l'EPA (Agence de Protection de l'Environnement) réfléchit à la mise en place d'un atelier sur les risques encourus par les abeilles liés aux pesticides systémiques. D'autres agences fédérales (APHIS, NASS) veulent proposer des études locales et nationales sur la santé des colonies d'abeilles.
THEME II. Analyse des échantillons existants
L'analyse des prélèvements effectués sur les colonies atteintes par le Syndrome d'Effondrement des Colonies comparée à ceux effectués sur des colonies saines a montré un nombre plus important d'organismes pathogènes, de parasites et de pesticides (plus de 73 molécules différentes) dans les colonies atteintes et des niveaux plus bas dans les colonies saines. Le rôle de chacun de ces facteurs est étudié dans le 3ème groupe. Les chercheurs américains, dans ce rapport précisent cependant qu'il est "devenu évident qu'un seul facteur ne peut être responsable à lui seul du CCD et qu'une combinaison de facteurs de stress déclenche probablement une cascade d'événements dans la colonie d'abeille où les ouvrières plus fragiles sont plus sensibles aux ravageurs et aux organismes pathogènes".
Aux USA, depuis la mise en place du Plan d'Action contre le CCD, de nombreux services de diagnostic ont été proposés aux apiculteurs (gratuits ou non) et donc leur permet de connaître la présence ou non de pathogènes (Virus, Nosema...), pesticides ou ravageurs dans leurs colonies et d'évaluer leur état de santé. En ce qui concerne Nosema, le nombre élevé d'échantillons étudiés montre une augmentation du nombre de spores en fonction de la saison, mais le rapport précise que "cela ne peut être mis en relation directe avec les pertes de colonies observées". De plus ont été mis en évidence de nombreux virus comme le VDV-1 (Varroa destructor Virus), l'IAPV, le KBV... mais aucun n'a été identifié comme étant la cause du CCD.
Sur ces prélèvements effectués dans le colonies ont été également étudiés et recherchés des pesticides et des contaminants environnementaux, potentiellement toxiques pour les abeilles. Les trois principaux composés trouvés sont d'une part deux acaricides utilisés dans la lutte contre Varroa, le Fluvalinate et le coumaphos, et d'autre part le chlorpyrifos. Le rapport précise qu'il ne peut à ce stade donner de conclusions définitives avant plusieurs mois, mais que les différents pesticides ont des effets divers: au moins un pesticide peut être mis en relation avec une augmentation de la prévalence du CCD, et un autre a été relié à une diminution de la prévalence du CCD (cela étant peut être lié à une lutte plus vigilante contre les ravageurs par les apiculteurs). Cette recherche devrait conduire à l'élaboration de recommandations sur l'usage des pesticides prenant en compte les risques et les bénéfices pour les colonies d'abeilles. De nombreuses études sur les pesticides et leurs effets sur la santé des abeilles sont en cour et devraient être publiées dans les prochains mois.
Des recherches plus approfondies notamment suite à la mise en évidence de marqueurs moléculaires de stress chez l'abeille, de marqueurs génétiques, ou de signaux sonores émis par les colonies faibles vont être développées.
THEME III. Recherche pour identifier les facteurs affectant la santé de l'abeille, incluant des tentatives de recréer les symptômes du CCD
Aucune cause unique n'a pu être déterminée comme déclencheur du CCD. Des travaux sur les facteurs suspectés, associés ou non, pratiques apicoles, organismes pathogènes, pesticides, parasites, prédateurs... continuent.
La faiblesse des abeilles dans leur capacité de détoxification a conduit à suspecter en premier lieu des pesticides. Les résultats des recherches et analyses indiquent que de nombreux pesticides, parasites et organises pathogènes pourraient être impliqués dans le CCD. Les efforts des diverses équipent continuent pour affiner leurs connaissances sur les rôles de ces divers facteurs. Des découvertes concernant l'effet sub-létal de deux acaricides utilisés dans la lutte contre Varroa, mais aussi l'effet synergique de deux pesticides montrent la réalité de cette menace chimique et nécessite des recherches plus approfondies.
Des recherches sur un lien entre les effets sub-létaux d'une exposition aux pesticides et une augmentation des niveaux d'infection par des organismes pathogènes dans les colonies d'abeilles sont mises en oeuvre. Cela pourrait aider à comprendre si certains pesticides sont susceptibles d'affaiblir les colonies.
Des études ont également montré sur les pratiques apicoles et notamment sur les liens entre des colonies faibles et une alimentation inadaptée ainsi que de longues transhumances, indiquant qu'un supplément protéique et du pollen naturel peut renforcer les colonies et diminuer les effets négatifs de facteurs de stress comme les prédateurs ou les pesticides. Ainsi, l'utilisation de pollen naturel comme supplément alimentaire contient du flavanol quercetine dont on a montré le rôle dans l'augmentation de la tolérance des abeilles aux pesticides. D'un autre côté, on a montré la présence de substances toxiques dans des sirops de maïs chauffés (HMF). Ce qui peut être le cas lors de transhumance en pleine chaleur. Ces connaissances peuvent être mises à profit pour améliorer les conditions de pratiques apicoles notamment lors des transhumances.
Des études sur les organismes pathogènes et leurs rôles respectifs sont en cours, des virus à Varroa destructor en passant pas Nosema apis et Nosema ceranae. Les études se font à tous le niveaux et notamment du séquençage du génome par l'ARS (Agricultural Research Service)
THEME IV. Mesures prophylactiques et limitatives
Des recherches sur les différentes hypothèses d'affaiblissement des colonies ont pour but d'améliorer la gestion des abeilles et de leur santé.
Des progrès significatifs ont été réalisés dans la limitation de la crise touchant les abeilles.
Un point important est la lutte contre les prédateurs et notamment Varroa destructor. La recherche sur des abeilles résistantes à Varroa semble progresser et des colonies résistantes sont sur le marché de l'industrie apicole. N'oublions pas que l'apiculture aux USA est considérée comme une industrie. Un des buts de ces recherches est la diminution de l'usage de pesticides dans la lutte contre Varroa, mais aussi dans la lutte contre le petit coléoptère des ruches.
Des études sont menées sur la lutte contre les organismes pathogènes notamment par l'irradiation des cadres gaufrés et des cires avant leur ré-utilisation. Certains apiculteurs utilisent déjà cette méthode afin de diminuer la charge en germes pathogènes.
Des sites internet ainsi que de nombreuses publications sont mis à disposition pour diffuser les connaissances acquises ou les résultats obtenus dans de brefs délais.
Le but est de mettre en oeuvre une sorte de Guide des Bonnes Pratiques Apicoles afin de permettre aux apiculteurs d'améliorer la santé de leurs abeilles.
Enfin, des études sur les insectes pollinisateurs autres que les abeilles sont mises en oeuvre.
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