La
première journée scientifique apicole (JSA) s’est tenue le 26 février 2009,
organisée par l’Ecole Vétérinaire de Nantes (Professeur Monique L’Hostis) et la
FNOSAD (Jean-Marie Barbançon, Président de la FNOSAD) à Saint-Avold en Moselle.
Son but : « Communiquer – Echanger – Partager –Apprendre ».
Cela
est un pas de plus dans l’implication de la profession vétérinaire dans la
filière apicole.
La
JSA aura lieu tous les ans et son but est « de mettre rapidement à
disposition les résultats des derniers travaux de recherche entrepris dans les
différents secteurs de l’abeille, et notamment de sa pathologie, et ainsi de
progresser plus rapidement dans ces périodes de crise. Les orateurs et les
participants seront des chercheurs, des ingénieurs du développement et des
praticiens vétérinaires, français et francophones… Les communications seront
systématiquement sollicitées sur les thèmes de travail suivants : santé,
environnement, alimentation, génétique, reproduction. »
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intervenants et une soixantaine de participants ont signé le succès de cette
journée (scientifiques, apiculteurs et vétérinaires).
La première session, consacrée à l’actualité de l’apidologie et ses conséquences a été
l’occasion d’entendre en premier lieuune équipe scientifique toulousaine (Eric
Maire et al., CNRS, …) présenter son projet de recherche visant à
« diagnostiquer les dynamiques qui régissent les activités des abeilles à
différentes échelles spatiales, et à caractériser ainsi l’apport de ressources
mellifères aux abeilles, provenant des arbres hors forêt en environnement
agricole ». Il s’agissait d’insister sur la biodiversité en zone agricole.
Pierre
Duclos, DMV, a ensuite présenté une enquête de mortalité en Saône et Loire en
2007-2008, les pertes étant estimées à 36%. Cependant ce qui est intéressant dans cette étude poussée c’est qu’elle a
montrée un effet « zone » sur les pertes, les zones les plus touchées
étant celles où il y a plus de culture. D’autre part, notre confrère constate
que « le traitement Apivar est à relier à une mortalité plus faible que
celle estimée dans les colonies traitées d’une autre manière ».
Marc
Edouard Colin, SupAgro Montpellier a mis en relation et en perspective les
nouvelles formulations chimiques et physique des pesticides et la biologie de
l’abeille insistant sur le fait que « le butinage représente une voie
majeure d’entrée de substances étrangères dans la colonie ».
Jean
Luc Brunet de l’INRA Avignon a développé le « système de détoxication chez
l’abeille Apis mellifera L. ». Il a pu être mis en évidence de nombreuses
enzymes de détoxication chez l’abeille et il semblerait que même si par rapport
à d’autres espèces d’insectes l’abeille ait moins de gènes codant ces enzymes,
les activités de détoxication notamment au niveau intestinal seraient
comparables ou légèrement inférieures. D’autre part on note une activité de
détoxication différente entre les abeilles d’été et d’hiver, ces dernières
étant « mieux armées pour faire face à la présence de pesticides qu’en
été ».
Une
présentation de travaux de l’INRA et l’AFSSA sur« la malnutrition des
abeilles et génétique des tournesol : caractéristiques quantitatives et
nutritionnelles des pollens et nectars de différentes variétés » a montré
que la sélection a eu « des effets sur certains critères physiologiques
comme la production de pollen et la hauteur des plantes » et que le milieu
extérieur peut avoir une influence sur la production de pollen et de nectar par
les fleurons de tournesol.
Cette
session 1 fort passionnante s’est terminée par la présentation par la Professeure
Monique L’Hostis de l’étude en cours à l’Ecole Vétérinaire de
Nantes : « L’Abeille mellifère sentinelle de la pollution de
l’environnement : étude sur un transect paysager en Pays de Loire ».
L’objectif de cette étude est de « caractériser l’exposition de l’Abeille
à des polluants de l’environnement dans son aire de butinage », en analysant
et recoupant divers paramètres : toxicologiques, palynologiques,
paysagers, comportement des usagers de pesticides (agriculteurs,
particuliers,…), audits sanitaires et zootechniques d’élevage en tenant compte
des problèmes sanitaires des apiculteurs partenaires. C’est une étude
approfondie le plus loin possible et exhaustive passionnante car l’abeille est
prise là dans son environnement complet en tenant compte de tout ce qui peut
influencer sa biologie et sa vie. Cette étude fait donc appel à de très
nombreux partenaires.
La
deuxième session de cette journée intitulée « Agents chimiques et
intoxications » a été l’occasion de faire le point sur les connaissances
actuelles de ce sujet si sensible.
Monique
Gauthier de l’UMR 5169 à Toulouse a présenté les « Effets du Fipronil à
des doses sublétales sur le comportement des abeilles ». Les études sont
effectuées en laboratoire et montrent que « certaines fonctions biologiques
sont modifiées par de faibles doses de fipronil, administrées de façon unique
(gustatives, mnésiques) ou répétée (locomotion, consommation d’eau,
discrimination des odeurs ». Cette équipe indique que ces « données
doivent être intégrées dans un schéma d’exposition des abeilles au fipronil,
afin de pouvoir évaluer le risque en situation de plein champ ».
Abdessalam
Kacimi de la même équipe a évoqué ensuite une étude sur les « effets
sublétaux de l’acétamipride et du thiamethoxam sur le comportement de
l’abeille ». Dans cette étude, si l’acétamipride présente une diminution
de la mémoire à long terme et « une vulnérabilité particulière des
abeilles à des doses sub-létales », « le thiamethoxam ne montre aucun
effet sur les comportements étudiés dans les conditions testées ». Cela
doit être approfondi et confronté à d’autres études.
J.M.
Bonmatin et son équipe du CNRS ont ensuite montré que « les insecticides
(Imidaclopride et Fipronil) atteignent le pollen ». Ce qui est « une
situation préoccupante pour les abeilles ». Ayant développé « des
méthodes d’analyse pleinement validées pour mesurer les concentrations de ces
insecticides (et de 3 métabolites toxiques constituant la famille des
fiproles) », il a été montré une contamination des pollens de maïs et de
tournesol. « Les concentrations moyennes d’imidaclopride dans 71
échantillons de pollen de cultures traitées sont de l’ordre de 2 à 3 ng/g,
c’est à dire 20 à 30 fois supérieures à celles qui induisent des mortalités par
intoxication chronique ». Il est donc nécessaire de discuter ces résultats
d’une part « en terme d’impact direct sur les colonies d’abeilles »
et d’autre part « en terme d’affaiblissement général des colonies », pouvant favoriser
le développement de pathologies opportunistes.
Cette
présentation a été suivie de deux présentations de haute volée scientifiques
sur la « nano-détection du fipronil et de ses principaux métabolites dans
diverses matrices apicoles » (Daniele et al, CNRS) et la « recherche
de résidus de pesticides dans la cire d’abeille : comparaison entre les
cires de corps et d’opercules » (Tene et al, Université de Toulouse). Cette
dernière étude a montré que la cire d’opercule, contrairement aux idées reçues,
peut contenir certains pesticides comme les pyrethrinoïdes, « en quantité
aussi grande que dans la cire de corps » ainsi que du thymol. Sujet à
méditer car la cire d’opercule est recyclée…
Cette
session sur les intoxications a été l’occasion de nombreux échanges entre les
intervenants et les apiculteurs et scientifiques présents.
La
troisième et dernière session de cette journée, présidée comme il se doit par
Jean Marie Barbançon, abordait les « Agents vivants pathogènes et
maladies ».
Jean
Marie Barbançon a présenté un cas clinique de dépopulation grave dont la cause
suspectée est une intoxication, ce qui permettait de faire la transition entre
les deux sessions. Mais il faut rappeler que les intoxications sont des
maladies à part entière, dont le diagnostic est certes difficile, mais qui
nécessitent une approche de pathologiste faisant appel à un raisonnement
médical, à des analyses et à une interprétation des résultats.
Puis
Marc Edouard Colin est revenu sur « l’identification génétique des
micro-organismes et le diagnostic des maladies des abeilles » par PCR en
insistant sur le fait que « la présence d ‘un organisme pathogène
dans un prélèvement est une condition généralement nécessaire au diagnostic de
maladie mais non suffisante ». Il a rappelé que les progrès techniques
permettent de découvrir de nouveaux virus, mais tous les virus ne sont pas
pathogènes. Il a insisté sur les postulats de Koch adaptés à l’abeille. C’est
ainsi qu’il a proposé de débaptiser tous les virus tant que l’on « n’a pas
prouvé qu’ils sont responsables de telle ou telle pathologie ».
Jean
Daniel Charrière du centre Agroscope de Berne en Suisse a présenté une nouvelle
méthode de diagnostic de la Loque Européenne « pour faire face à la
recrudescence des cas frappant la Suisse depuis 1999 ». En effet nos
voisins helvètes sont touchés par cette pathologie et les nouveaux foyers ont
atteint les 500 cas en 2008. L’analyse par PCR quantitative dans un rucher à
proximité d’un rucher malade permet « de connaître l’état sanitaire de ce
rucher» et donc à l’apiculteur de prendre les mesures pour éviter une propagation
de la maladie (abandon des échanges de cadres et de la transhumance,
désinfection, …).
Laurent
Gauthier, SupAgro Montpellier, a présenté le « Cycle biologique du virus
des ailes déformées et ses effets sur la santé des colonies d’abeilles »,
ouvrières, reine et mâles. Il a rappelé son association étroite avec l’acarien Varroa
destructor, mais « également avec d’autres espèces d’insectes associés aux
colonies d’abeilles, comme le petit coléoptère des ruches aux
Etats-Unis ». Pour Laurent
Gauthier, « il est probable que la forte prévalence de ce virus dans les
ruchers et les fortes charges virales parfois relevées dans les abeilles
concourent à diminuer le potentiel reproductif des colonies au sein de
l’environnement, s’ajoutant aux effets délétères de Varroa destructor ».
La
dernière présentation a concerné la nosémose des abeilles et les recherches de
l’équipe de Frédéric Delbac, Laboratoire Microorganismes, CNRS, Aubière. Le
projet de cette équipe est de préciser le pouvoir pathogène de Nosema apis et
Nosema ceranae et de mettre en place de nouveaux moyens de lutte. Suite à cet
exposé, il a été fait remarqué à l’intervenant que la pathogénicité de Nosema
ceranae était pour le moment encore discutée et que la nosémose dite sèche posait
des questions à certains scientifiques comme cause de perte de colonies car s’il n’y a pas de symptôme au niveau de l’abeille individu,
peut-on parler de nosémose en tant que maladie? (Je tiens à préciser que je
rapporte une question et que je ne donne pas de réponse).
La
fin de la journée a permis de tout remettre en perspective : biodiversité,
pesticides, agents pathogènes ou non, difficulté de diagnostic qui n’excluent
pas les fortes suspicions de telle ou telle maladie notamment les intoxications
si complexes à prouver. A ce sujet, je voudrais rappeler que les diagnostics
par élimination existent en médecine humaine et vétérinaire.
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