Organisée par les professeurs Monique l’Hostis et Hervé Pouliquen (ONIRIS), et Jean-Marie Barbançon (FNOSAD), la deuxième Journée Scientifique Apicole s’est tenue à ONIRIS le 18 Mars 2010, dans un esprit studieux et scientifique, et fort sympathique.
Constatant toujours une mortalité importante dans les colonies d’abeilles, les communications ont présenté des résultats intéressants comme les probables synergies entre le fipronil et Nosema, ou entre l’imidaclopride et Nosema sur les mortalités d’abeille.
Divisée en trois sessions, elle a été le
lieu de présentation de haute qualité scientifique et pratique et a réuni
chercheurs, vétérinaires, membres de la filière apicole et de laboratoires
pharmaceutiques.
La première session,
« apidologie, actualité, méthodologie » a été l’occasion de faire le point sur la
situation sanitaire des abeilles dans l’UE confirmant l’importance des pertes
de colonies et de production. Mr E
Bruneau (COPA-COGECA) a essayé de présenter précisément les différents cas
observés lors de ces pertes.
Janine Kievits a présenté une communication sur les mortalités en Wallonie depuis quelques années et les enseignements que l'on peut en tirer.
C. Arnaudguilhem du Service central d’analyse
du CNRS de Solaize (69) a évoqué la mise en place d’un outil analytique,
fiable, rapide et sensible pour la « détection et la quantification de 80
pesticides dans les miels et les abeilles par GC-ToF et LC-MS/MS ». Cette
méthode d’analyse multirésidus de dosage de 87 pesticides de familles différentes
pouvant intoxiquer l’abeille a été mise en œuvre pour aider les apiculteurs et
vétérinaires à comprendre certaines mortalités d’abeilles en cas de suspicion d’intoxication.
Cette analyse multirésidu est encore d’un coût difficilement abordable pour les
apiculteurs (300 euros par échantillon).
Une
communication effectuée par G. Danielle du CNRS Solaize sur l’analyse de
gelées royales d’origine française dont le but est d’étudier si les pratiques
apicoles (notamment le nourrissement avec du sirop de sucre) ont une influence
sur la composition de ces gelées. Ces études permettront également de connaître
l’origine des gelées royales mises sur le marché.
Cette session a permis la présentation
d’un outil informatique, le Système d’Information géographique, pour la gestion des données écotoxicologique
dans le cadre d’une étude de l’abeille en tant que sentinelle de l’environnement.
Le titre de la deuxième session était « Interaction Agents pathogènes-Maladies-Prédateurs ».
Si la présentation sur le frelon asiatique
a été annulée au dernier moment, les autres présentations ont été particulièrement
instructives, notamment dans la compréhension de la nosémose, maladie
opportuniste et de sa relation avec les pesticides. Deux équipes distinctes ont
travaillé sur l’infestation par Nosema
et ses interaction ou synergie avec les pesticides.
Nosema sp. est une microsporidie qui est à l’origine
de discussions entre équipes de chercheurs, de vétérinaires, d’apiculteurs
etc... Pour certains (Higes et
al.), les affaiblissements et pertes de colonies constatées en même temps que l’augmentation
du nombre de spores de Nosema est la
conséquence de la présence cette microsporidie. Pour d’autres, la présence et
le développement de Nosema dans le
tube digestif est la conséquence d’un affaiblissement de l’abeille et de la
colonie, Nosema étant comme
pratiquement comme toutes les microsporidies un organisme opportuniste. De
nombreux travaux, notamment ceux de notre confrère Marc Edouard Colin ont d’ailleurs
montré la présence de spores de Nosema
dans de nombreuses colonies saines.
C’est dans ce cadre antagoniste que deux études
ont été présentées.
L’équipe de F. Delbac, de l’université
Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand a présenté une étude consacrée à la « modulation de la réponse immune et
du mécanisme de détoxication au niveau intestinal par les interactions
Fipronil-Nosema ceranae chez Apis mellifera ». Il en ressort
certains points très intéressants :
- Le fipronil, outre son action
neurotoxique, a une action sur l’épithélium intestinal en provoquant une mort
cellulaire par apoptose. In vitro, le fipronil a une action sur l ‘intégrité
cellulaire.
- Les abeilles soumises à du fipronil
(exposition chronique à des doses sublétales) puis à l’infestation par des
spores de Nosema présentent une
mortalité supérieure que les abeilles soumises à l’une des deux expositions
montrent des résultats préliminaires. Ces abeilles présentent en outre un
nombre de spores inférieures à des abeilles infestées uniquement par Nosema.
- Il semble donc que le fipronil et Nosema ceranae agissent en synergie sur la mortalité des abeilles,
ce phénylpyrazole augmentant la sensibilité des abeilles à Nosema ceranae. Les mécanismes physiologiques, notamment au niveau
de système immunitaire intestinal, sont en cours d’étude, comme la caractérisation
de l’impact de la présence de Nosema
ceranae sur la toxicité du fipronil chez l’abeille domestique.
Cette étude montre donc une synergie
Fipronil-Nosema ceranae qui laisse penser que la nosémose est une pathologie à
dominante opportuniste et que le fipronil, lors d’intoxication chronique »
affaiblit suffisamment l’abeille et notamment son intestin, favorisant la mise
en action des spores de Nosema.
Une autre étude similaire a été conduite par
Cédric Alaux de l’INRA Avignon, et présentée sous le titre « Interaction
toxicopathologique entre les microsporidies Nosema
et l’imadaclorpride chez Apis mellifera ». L’équipe a « démontré
pour la première fois que l’interaction entre ces deux agents affecte de manière
significative la santé de l’abeille ». Des abeilles soumises à Nosema et à de l’Imidaclopride présentent un taux de mortalité et
un stress énergétique plus élevé significativement que chaque agent seul. Cette
étude est une étape de plus qui laisse penser que l’ « interaction
agent pathogène/agent chimique provoque des effets immédiats sur la mortalité
des abeilles mais aussi, sur le long terme, une sensibilité accrue de la ruche
aux agents pathogènes ».
Une communication sur la recherche de nouvelles molécules contre la nosémose des abeilles à partir d’extraits de micro-algues et de la collection d’extraits de plantes de l’Institut de Recherche Pierre Fabre a montré que la recherche concernant cette maladie était très dynamique.
La troisième et dernière session de cette journée était l’occasion d’évoquer les « Agents Chimique – Intoxications – Abeille sentinelle ».
Marc Edouard Colin, DMV, Sup Agro Montpellier a développé les postulats
de toxicologie expérimentale et les particularités bien spécifiques de la
recherche chez l ‘abeille.
Puis Christophe Roy, DMV, président de la commission apicole des SNGTV a évoqué les risques pour les abeilles de la lutte contre les maladies vectorielles en médecine vétérinaire. Dans ce cadre, la lutte contre la FCO et Culicoïdes sp. a fait l’objet d’une explication très précise pour essayer de comprendre si l’usage d’antiparasitaires sous forme médicaments vétérinaires ou biocides pourraient être responsables de la perte de colonies observées l’an dernier, notamment en Ariège. Christophe Roy se demande si « l’on a suffisamment estimé le risque écotoxique d’une telle lutte contre un vecteur », même si l’obligation généralisée de traitement ne semble plus d’actualité.
Le développement d’une base de donnée de la
toxicité des pesticides a été présenté par F. Dublin, CNRS Caen, qui a également communiqué sur des
outils prédictifs sur la toxicité des molécules à évaluer, modélisation qui ne
peut cependant pas remplacer l’expérimentation animale.
Dans le cadre de cette session, une étude de
toxicité du Thiamethoxam montre qu’une dose de 3 ng/abeille, outre un effet létal,
affecte les capacités d’orientation des butineuses survivantes à cette
intoxication.
Enfin, la dernière présentation a été la
projection d’une passionnante rétrospective historique le la lutte contre les 3
principales MRC en France depuis 30 ans, préparée par notre confrère Olivier
Bron.
Cette deuxième JSA a
été l’occasion de nombreux échanges passionnants et de haute volée
scientifique, et sera suivie de la troisième l’an prochain en Arles.
Les commentaires récents