Les vétérinaires de 7
pays se sont rencontrés à l’occasion d’une table ronde « Vétérinaires et
Apiculture » le 16 septembre 2009 à l’initiative du Pr Monique L’Hostis et grâce à sa persévérance et sa pugnacité.
C’est une première, tant
les vétérinaires sont peu présents dans
la filière apicole. Environ 350 participants étaient présents dans la
salle. Veto-Pharma (Apivar ND, Thymovar ND) soutenait cette réunion.
« Les vétérinaires
avaient oublié, a rappelé Monique L’Hostis, les abeilles depuis les années 50 »,
par leur implication rurale d’abord, puis canine. Depuis une dizaine d’années, ils se sont plus impliqués dans
les problèmes écologiques dont l’abeille, qui est une sentinelle de l’environnement.
En 2005, le professeur L’Hostis, pionnière dans la santé de l’abeille, a créé
le DIE d’apiculture-pathologie apicole. Cette table ronde en est la suite
logique.
Henri Clément* a ouvert
les débats en insistant sur « la nécessité de vétérinaires spécialisés en
pathologie apicole sur l’ensemble du territoire » et souligné, comme tous
les intervenants, « l’importance de la rencontre des vétérinaires du monde
entier ».
L’Italie, le Québec, la
Turquie, la Belgique, la Tunisie (absente) et l’Espagne ont répondus à l’invitation
du professeur L’Hostis.
Les intervenants ont évoqué
le médicament vétérinaire, les maladies infectieuses, l’enseignement, l’implication
dans la recherche apicole, dans la santé de l’abeille et dans les relations
abeille-agriculture.
Le Professeur L’Hostis a
présenté l’organisation du DIE dont un des objectifs est de permettre au vétérinaire
de devenir performant et efficace notamment dans le domaine des intoxications et évoqué la commission apicole des SNGTV comme une « force
de proposition ».
Jean-Marie Barbançon a
expliqué l’organisation sanitaire apicole en France et notamment le réseau des ASA**,
nommés par le préfet parmi les apiculteurs et en charge des visites sur le
terrain avec la possibilité légale d’émettre une orientation diagnostique.
Le vétérinaire, en
France, n’apparaît qu’au niveau d’un PSE d’un GDSA*** en tant que prescripteur
et les ASA sont les acteurs de terrain. Si les structures apicoles souhaitent
la formation de vétérinaires, pour les apiculteurs, il ne semble pas concevable
d’ « appeler un vétérinaire pour ses abeilles. »
Aujourd’hui en France, le vétérinaire est
prescripteur, l’agent sanitaire apicole, acteur de terrain
Laurence Delva a rappelé
que la législation sur le médicament vétérinaire s’applique également à l’abeille.
En outre, le problème est le « manque de médicaments avec AMM » pour
cette espèce, peu rentable pour les laboratoires. En France, seules quatre spécialités
ont une AMM abeille dans le traitement de la varroose (Apivar, Thymovar,
Apiguard, Apistan). Donc la prescription d’autres médicaments est « impossible
pratiquement sans connaissance des LMR et avec risque de résidus. »
Michel Pottiez a évoqué
les MRC de l’abeille, l’existence d’une brigade d’enquête vétérinaire impliquée
dans les intoxications, et enfin le projet de mandat sanitaire spécialisé en
apiculture.
Bressan Gianluigi a
expliqué l’organisation des services vétérinaires italiens et l’implication d’instituts
de zoo-prophylaxie. Un « master en apidologie et pathologie de l’abeille »
existe à la faculté vétérinaire de Pise et la création d’une coordination
nationale des vétérinaires « apicoles » est en projet.
Au Québec, les équipes vétérinaires
de l’institut national de la santé animale assurent la santé de l’abeille, en
offrant gratuitement divers services (visite des colonies, recherche des causes
de mortalités anormales, prélèvements d’échantillons en vue d’analyse,
prescription de médicaments,…). La tétracycline et la fumagiline y ont une AMM
abeille, et les acaricides dépendent de la législation sur les pesticides.
Enfin, seuls des cours optionnels à l’école de Sainte-Hyacinte sont proposés.
Le manque de médicaments pour l’abeille est une
constante mondiale
La Turquie est un des
plus grands pays apicoles. Il existe un enseignement dans les facultés vétérinaires.
Les vétérinaires sont impliqués dans la recherche, le contrôle sanitaire des
aliments, la santé animale, le médicament vétérinaire, dans l’analyse du miel
et la recherche de résidus. En outre, la transhumance des ruches est soumise à autorisation
des services vétérinaires.
Bill Vandaele nous
apprend qu’en Belgique « pratiquement aucun vétérinaire n’est intéressé par
la pathologie apicole. » Ils n’ont aucun autre rôle que celui « d’inspecteur
en cas de maladies contagieuses autre que varroa ». Quelques uns sont
impliqués dans des structures sanitaires apicoles. L’offre en médicaments vétérinaires
étant très réduite, moins de 5% des colonies sont traitées légalement. Enfin,
une « formation sanitaire apicole » est en cours de création à la
faculté de Liège.
Vétérinaire : guest star ou simple observateur
de la santé de l’abeille ?
Humoristiquement, Alfredo
Sanz Villalba, DMV espagnol titre sa présentation : « le vétérinaire :
guest star ou simple observateur de la santé de l’abeille ? »,
soulignant ainsi le problème de fond de la vision du vétérinaire par le monde
apicole. L’administration espagnole est peu intéressée par l’abeille et les
apiculteurs ont cherché seuls des solutions. Le suivi sanitaire semble insuffisant, comme l’offre en médicaments.
Le programme national de lutte contre les maladies de l’abeille n’est pas
fonctionnel pour des raisons budgétaires. Enfin, il n’y a pas de formations
offertes aux vétérinaires.
Les vétérinaires praticiens ne sont donc pas des acteurs de la
santé de l’abeille. Les enseignements existants sont principalement
post-universitaires et la rareté de médicaments vétérinaires pour l’abeille est
générale.
A l’issue de cette table ronde, le Pr L’Hostis, moteur de l’implication
des vétérinaires dans la santé de l’abeille « avait l’impression de se
sentir moins seule. » Cette table ronde a été suivi d’une présentation du
Pr L’Hostis en séance plénière.
* Président de l’UNAF, Union
National de l’Apiculture Française
** Assistant Sanitaire
Apicole
*** Groupement de Défense
Sanitaire Apicole
Intervenants :
Henri Clément, apiculteur, président de l’UNAF, France, Jean - Marie Barbançon, DMV, apiculteur, FNOSAD,
France, Bressan Gianluigi, DMV, Services vétérinaires,
Italie, Claude Boucher, DMV, Quebec, Levent Aydin, DMV, University of Uluda, Turquie, Bill Vandaele, DVM, Consultant apicole, Belgique, Alfredo Sanz Villalba, DMV, Arna Agrupation Apicole,
Espagne, Monique L' Hostis,
Professeur à l’ENVN, France, Laurence Delva, DMV, ANMV
– AFSSA, France, Michel Pottiez, DVM, DGAL, France
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