Alors que chez notre voisin helvète, de nombreux cas de Loque
Européenne ont été diagnostiqués ces dernier mois, il est intéressant de
revenir sur les caractéristiques de cette pathologie qui existe également en France.
Définition
La loque européenne
(en anglais european foulbrood) est
une maladie du couvain d’abeille. C’est une pathologie enzootique par son caractère
endémique, infectieuse par l’agent infectieux qui la provoque, contagieuse
par
son caractère transmissible.
L’agent causal
principal est une bactérie : Melissococcus
pluton. Comme cette bactérie ne
sporule pas, la loque européenne a un caractère de moindre gravité par rapport à la loque américaine. D’autres germes se
développent après l’infection créée par M. pluton.
Elle touche
essentiellement le couvain ouvert de différentes espèces d’abeilles et
notamment Apis mellifera, Apis cerana,
Apis laboriosa.
La loque européenne
n’a d’européen que le nom, c’est en effet une pathologie que l’on peut
retrouver partout dans le monde sauf en Nouvelle- Zélande, ouest de l’Australie
et en Afrique centrale. Au Népal, la loque européenne a été apportée par l’importation
d’Apis mellifera.
En France la loque
européenne est aussi appelée loque bénigne ou puante.
Ce n’est plus une
MRC.
Etiologie
L’agent causal de
la loque européenne est donc une bactérie appelée Melissococcus pluton. Cependant, contrairement à la loque américaine,
le diagnostic de laboratoire met en évidence d’autres bactéries en même temps
que M. pluton.
Après des années
de discussions sur la responsabilité de tel ou tel agent infectieux, Il y a un
consensus aujourd’hui pour dire que M.pluton
est l’agent causal de la loque européenne.
Cependant, d’autres
germes se développent secondairement : Lactobacillus
eurydice, Paenibacillus alvei, Paenibacillus apiarius, Enterococcus faecalis.
Ces germes secondaires ne peuvent déclencher
la loque européenne, mais peuvent influencer les symptômes observés, notamment
l’odeur ou la consistance du couvain mort selon que tel ou tel germe est présent.
L’odeur putride apparaît lorsque de nombreuses cellules sont atteintes. Ainsi dans la forme de loque européenne
appelée « couvain vinaigre », on retrouve Enterococcus faecalis.
M. pluton est une bactérie qui ne sporule
pas. Elle peut subsister dans les parois de cellules de couvain, dans les excréments
des larves ou dans les débris de la ruche.
Elle résiste un an à la dessiccation, 20
heures à l’exposition aux rayons solaires et 25 heures à la putréfaction et à
température ambiante.
Causes favorisantes
La cause majeure de l’apparition de la loque
européenne est la carence en protéines de la colonie.
La loque européenne est le plus souvent
constatée au printemps et à l’apogée en couvain, une période critique du cycle
biologique de l’abeille. A ce moment là, il y a de grandes surfaces de couvain à
nourrir qui peut être désorganisé par différents facteurs :
- La varroose,
- Les carences en pollen, unique source de
protéines de l’abeille,
- Le confinement suite à des conditions météorologiques
mauvaises qui empêchent les abeilles d’aller butiner,
- Un déséquilibre des populations
nourrices/larves, qui entraîne une carence alimentaire des larves,
- Une infection des nourrices par le virus
du sacbrood. Les nourrices sont de jeunes abeilles ouvrières et le virus du
sacbrood atteint ses glandes hypopharyngiennes.
Les carences protéiques vont modifier la
qualité des gelées nourricières et donc permettre à M. pluton de se développer
dans les larves.
Pathogénie
L’infection des larves a lieu dans les deux
premiers jours de leur vie. La bactérie se développe très rapidement dans le
ventricule en se nourrissant de la gelée destinée à la larve. Les larves
atteintes réclament alors plus à manger et sont repérées par les nettoyeuses.
La larve meure généralement avant l’operculation.
Si la larve survit et se métamorphose en
nymphe, la bactérie est rejetée par les fèces et se retrouve sur dans la base
et les opercules des cellules. Ces bactéries peuvent alors aller contaminer d’autres
larves.
Devenir des larves infectées :
- - Détectées avant operculation, elles sont
alors éjectées par les ouvrières nettoyeuses.
- - Mort avant operculation et détectées :
l’infection est plus sévère et des germes secondaires ont pu se développer.
- - Operculées mais sans métamorphose en
nymphe : elles défèquent et M. pluton est retrouvé dans les écailles
- - Parfois elles survivent, se transforment
en nymphe, plus rarement en abeille adulte, laissant M. pluton dans les
cellules de couvain.
Symptômes
- Le couvain est en mosaïque
- Les opercules peuvent être concaves et
ponctués de petits trous.
- Les larves sont affaissées, ont un aspect délavé et pâteux d’abord de couleur terne puis de jaune à brune.
- Le couvain a une odeur de putréfaction, voire acide.
On trouve généralement les différents stades de la pathologie sur un cadre de couvain. Il est possible de trouver en même temps la loque américaine et la loque européenne.
Epidémiologie
La propagation de la maladie peut se faire dans la ruche ou entre les ruches. Dans la ruche par les nourrices et les nettoyeuses lors des soins au couvain. Dans les ruches ou les ruchers voisins par dérive, pillage ou par l’utilisation de cadres contaminés par M. pluton.
Diagnostic
-
Le diagnostic clinique est un diagnostic de suspicion.
Les symptômes sont un couvain
en mosaïque, avec des opercules parfois percés de minuscules trous. Les larves
sont affaissées, de couleur jaune à brunâtre et une odeur de putréfaction peut
se dégager de la ruche ou des cadres de couvain.
-
Le diagnostic différentiel
doit se faire avec les autres maladies du couvain et notamment la loque américaine
et la maladie due au virus sacbrood. Cependant le « test de l’allumette »
(cf. La loque américaine) est dans ce cas négatif.
Le diagnostic de certitude se fait au laboratoire.
- Le diagnostic de laboratoire peut faire appel à différentes méthodes :
a. Microscope
Sur des larves récemment
mortes, avant décomposition, il est parfois possible de mettre en évidence Melissococcus pluton, ainsi que les
germes associés. Cette méthode, relativement simple, est parfois difficile à
interpréter.
b. Culture
M. pluton peut être mis en
culture in vitro sur un milieu spécifique, ainsi que les autres germes et donc
ainsi diagnostiqué.
c. Méthode immunologique sur
des lapins
Des anticorps anti M. pluton
peuvent être produits par injection IV ou IM de M. pluton à des lapins. Le sérum
ainsi obtenu peut être utilisé pour des tests d’agglutination sur tube.
d. Polymerase Chain Reaction :
PCR
C’est également une méthode
de détection de Melissococcus pluton, probablement une des plus fine
et sûre.
Pronostic
Le pronostic est nettement moins grave que la loque américaine. La guérison est souvent spontanée dans les colonies fortes, notamment parce que les écailles ne sont pas adhérentes.
Conduite
à tenir et traitement
Le traitement antibiotique
est strictement réglementé en France pour les animaux de rente. Dans le cas de
l’abeille, il n’y a pas d’antibiotique avec AMM. Il n’y a pas de LMR ni de
temps d’attente. Il est donc pratiquement impossible à un vétérinaire de
prescrire un tel traitement.
Le traitement passe donc par
des techniques apicoles.
Le principal axe est une
action sur les causes favorisantes de la maladie et notamment la carence en
protéines.
Sur les colonies atteintes,
il est possible de pratiquer :
- un apport alimentaire
important pour bloquer la ponte et obliger les abeilles à nettoyer. Il faut
faire en sorte que l’arrêt de ponte soit d’environ 10 jours afin de permettre
aux abeilles de pratiquer un nettoyage poussé.
- un changement de reine pour
apporter une hérédité avec un bon comportement hygiénique.
Prévention
La prévention passe par 4
points essentiellement :
*Eviter
pillage et dérive,
*Remplacer
au moins 3 cadres par des neufs chaque année,
*Remèrer
chaque année avec une souche de reine présentant un bon comportement hygiénique,
*Surveiller
les réserves alimentaires afin d’éviter les carences.
Doctorante en droit pharmaceutique, ma thèse porte sur le médicament vétérinaire. Merci pour votre blog qui m'apporte des infos vraiment intéressantes sur un domaine que je connais très mal (j'ai exercé un élevage de chats de race pendant 12 ans)
Rédigé par: Chrystèle | mardi 25 août 2009 à 14h09