Le Virus de la Paralysie Chronique (Chronic
Paralysis Virus : CPV ou CBPV : Chronic
Bee Paralysis Virus) a été l'un des premiers virus isolé chez l'abeille. Il
est responsable d'une maladie infectieuse et contagieuse des abeilles adultes
connue par les apiculteurs sous le nom de « maladie noire », du fait
de la couleur caractéristique que prennent fréquemment les abeilles atteintes. On l’appelle également « mal
des forêts » car elle se développe souvent
dans les colonies produisant du miel de miellat et en période de production.
Les abeilles
essentiellement touchées sont les ouvrières adultes âgées : les
butineuses. A l'origine de mortalités, cette virose provoque des pertes de
production sur des colonies.
Certains auteurs pensent que ce virus est responsable de la maladie lorsqu’il est diagnostiqué sur des colonies malades, mais pour d’autres, le virus devient pathogène sur des colonies affaiblies par d’autres facteurs (climatique, carence alimentaire, intoxication chronique). Il est fréquemment diagnostiqué dans les prélèvements d’abeilles mortes.
A. Tableau clinique
De nombreuses colonies sont porteurs asymptomatiques, ou porteurs « sains » du virus CBV. Lorsque la maladie se déclare, deux tableaux cliniques principaux peuvent être observés. Les symptômes apparaissent généralement en période de production, cependant il semblerait que la forme la plus grave n’ai pas de caractère saisonnier.
1. « La petite noire »
On observe quelques individus de plus
petite taille, avec l’abdomen raccourci et gonflé, dépilées et brillantes. Au
niveau comportemental, les abeilles sont peu actives, se trainent sur la
planche d’envol et présentent des signes neurologiques avec des tremblements d’ailes
voire une incapacité à voler.
L’appellation de maladie « noire » n’est cependant pas toujours
applicable, en effet les abeilles italiennes (Apis mellifera ligustica) touchées resteront jaune, mais dépilées,
plus petites que les autres et avec les ailes écartées.
Cette forme de la maladie ne touche généralement que quelques individus et est souvent considérée comme bénigne. La pathologie et saisonnière, apparaissant au printemps ou en été. Elle peut cependant être à l’origine d’un grave affaiblissement de la colonie.
2. Le syndrome de paralysie (« paralysis »-Bailey, 1976)
C’est la forme la plus grave de la
maladie, elle n’aurait pas de caractère saisonnier. Elle touche une grande
proportion des butineuses de la colonie. Si les symptômes physiques sont peu présents
sauf parfois de la constipation qui rend l’abdomen gonflé, les symptômes
comportementaux sont majeurs.
Ces symptômes sont à l’origine d’une désorganisation complète de la colonie,
ce qui entraine des pertes de production importantes. En outre, la maladie sous cette forme peut être à l’origine
du dépeuplement des colonies et de leur mort.
On peut dans cette forme de la maladie observer au niveau de la
colonie:
- Une désorganisation sur le
plancher d’envol avec des paquets d’abeilles trainantes,
- Souvent des abeilles mortes devant
la ruche, parfois en « tapis » dont certaines ont les ailes écartées
- Un filtrage des abeilles : certaines
butineuses de la ruches sont considérées comme étrangères et empêchées de
rentrer par les ouvrières gardiennes,
- Des bagarres pour empêcher celles
qui veulent rentrer, ce que l’on peut observer dans le pillage.
- Des abeilles en « groupe de
tremblantes », qui sont en fait des abeilles avec des troubles de l’équilibre
qui se nettoient.
Au niveau des individus, on peut
observer :
- Un grattage exacerbé,
- Des tremblements d’ailes, qui sont
caractéristiques de cette pathologie,
- Des abeilles qui tournent en rond,
- Des abeilles indécises,
- L’envol est impossible,
- les ouvrières déploient leur
langue, ce qui faisait dire autrefois que les abeilles avaient soif,
- Des faux comportements de trophallaxie, qui traduisent en fait le nettoyage des pièces buccales.
B. Contamination
La contamination de l’abeille peut se faire soit par l’alimentation lors de la trophallaxie, soit d'abeille infectée à abeille saine par contact à la faveur de lésions de la cuticule. En outre, certains auteurs pensent que la transmission verticale est possible.
C. Pathogénie
La pathogénie de la maladie est mal connue. Cependant, des études ont montré que des corps d’inclusion ont été identifiés dans les cellules de l’épithélium du tube digestif et dans le système nerveux d’abeilles malades. Cela indique que la réplication virale pourrait se faire dans ces organes. Cependant de fortes charges virales ont aussi été mises en évidence dans l’hémolymphe d’abeilles malades. Ce qui signifierait que le virus possède à la fois un neurotropisme et un tropisme pour d’autres organes de l’abeille.
D. Facteurs pouvant favoriser l’apparition de la maladie
Les conditions d’apparition de la maladie due au virus CPV ne sont pas
toutes connues. Les virus est-il pathogène par sa seule présence ?
On sait que des conditions extérieures à la ruche peuvent créer des
conditions favorisantes au déclenchement de la maladie. Ces causes favorisantes
sont :
- La consommation par les abeilles
de miel de miellat, donc cela concerne notamment les colonies localisées en forêt.
Cette pathologie est bien connue des apiculteurs élevant leurs abeilles sur du
sapin. Selon l’abondance de miel de miellat, la maladie peut apparaître à bas
bruit ou bien au contraire avec une atteinte importante des colonies.
- Une carence en protéine peut être
un facteur déclenchant de la maladie.
- L’utilisation de trappes à pollen est une cause favorisante.
- Enfin, le confinement des abeilles
du à de mauvaises conditions climatiques peut favoriser la propagation du virus
par la promiscuité des abeilles et les frottements et lésions de la cuticule.
- D’autres causes sont évoquées comme potentiellement favorisantes comme par exemple des intoxications.
E. Diagnostic
1. Clinique
Le diagnostic clinique est caractérisé
par les symptômes observés et notamment la présente d’abeilles tremblantes,
avec des comportements « anormaux ».
Au niveau de la colonie on peut observer des pertes importantes et des
mortalités devant la ruche avec des abeilles avec les ailes « en croix ».
Une des caractéristiques de cette pathologie est qu’est généralement bien
corrélée avec la présence de miellat. On a pu constaté sur des colonies placées
sur des productions de miel de miellat des effondrements de colonies brutaux
dus au virus CPV.
Le diagnostic de terrain est un diagnostic de suspicion qui devra être confirmé par un diagnostic de laboratoire.
2. Différentiel
La difficulté du diagnostic clinique de cette pathologie vient de ses symptômes neurologiques et donc de la possibilité de la confondre avec d’autres pathologies ayant un tropisme neurologique comme les intoxications. Le diagnostic de laboratoire est donc obligatoire.
3. Laboratoire
Le diagnostic de laboratoire peut fait appel à plusieurs techniques comme par exemple la mise en évidence des antigènes viraux par un test en immunodiffusion en gélose. Aujourd’hui, l’utilisation de la méthode PCR pour la détection de l’ARN viral du CPV devrait permettre, si elle est utilisée en « routine » un diagnostic rapide et sensible des infections par le CPV déclarées et latentes.La connaissance de la charge virale est importante car la présence seule du virus n’est pas suffisante pour affirmer la présence de la pathologie. La maladie noire doit donc, après un diagnostic de suspicion avoir une confirmation en laboratoire sur abeilles mortes, avec un diagnostic quantitatif.
L’analyse des résultats se faire en
tenant compte:
-
de la symptomatologie observée,
-
de la connaissance de l’environnement floral de la colonie atteinte :
colonie en production de miel de miellat est un facteur déclenchant
- de la recherche d’autres causes favorisantes si la colonie diagnostiquée comme atteinte de la maladie noire n’est pas sur du miellat : recherche de carence, de toxiques…
F. Pronostic
Le pronostic est souvent favorable lorsque quelques abeilles sont atteintes. La maladie peut entrainer des pertes de colonies en cas de forme grave et/ou quand les facteurs favorisants sont présents (miellat, hérédité, âge, intoxication, …)
G. Conduite à tenir
Il n’y a aucun traitement. Il est donc nécessaire de mettre en place des mesures
prophylactiques.
- Hivernage : ne pas laisser
hiverner les colonies avec des provisions de miel de miellat. Cela est aussi
important dans la prévention de la nosémose.
- Sélection de reines venant de
souches ayant bien résisté sur des colonies ayant récolté du miellat,
- Changement de reine d’une colonie
qui a fait une forte récolte sur miellat,
- Préparer l’hivernage sur un
environnement floral nectarifère.
- CME Colin, DMV, conseille la
stimulation du butinage d’automne par un apport alimentaire de petites quantités
de sirop 50/50 avec de la vitamine C (250 mg) et de la vitamine B12 (15 à 20
mg), si l’environnement floral est favorable.
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