Un article du 30 décembre 2008 évoquait la biologie d'Ascosphaera apis, l'agent le plus connu d'une des mycoses du couvain. Il m'a fallu du temps (...) mais voici la suite de l'histoire de cet agent infectieux avec l'épidémiologie, les facteurs pouvant favoriser cette pathologie, les symptômes et enfin les mesures préventives afin d'en limiter les effets.
Epidémiologie
La forme de contamination d’Ascosphaera apis est la spore. Dans les colonies d’abeilles, les spores peuvent être présentes dans le miel et le pollen stockés dans les cadres. On peut également en trouver à la surface des cellules, dans l’eau et dans les tractus digestif des ouvrières et notamment les nourrices.
La trophallaxie dans les colonies permet la propagation des spores entre les abeilles jusqu’aux ouvrières nourrices du couvain. Ainsi peuvent être contaminées les larves par les spores d’Ascosphaera apis.
Dans la colonie, la propagation des spores est due
aux abeilles nettoyeuses qui laissent tomber les momies sur le plateau de la
ruche.
Les larves les plus dangereuses sont celles
porteuses de corps fructifères considérés comme des « aérosols » de
spores.
Les ouvrières vont transporter et « semer »
ces spores dans toute la ruche, provoquant la contamination du miel, du pollen…
La diffusion de la maladie vers d’autres colonies
peut se faire « naturellement » par pillage et dérive mais c’est par
les techniques apicoles que la mycose du couvain se disperse le plus fréquemment :
échanges de cadres, mauvaise gestion des ruches et des ruchers, transhumance…
Une larve momifiée peut produire de 100 millions à 1 milliard de spores qui assurent une grande présence d’A. apis dans les colonies atteintes et donc une grande contagiosité de celles-ci.
Causes favorisantes
- L’âge des larves : la sensibilité est plus importante chez les larves jeunes (moins de 3 ou 4 jours) par l’immaturité des tissus (muqueuse digestive et cuticule) qui vont pouvoir laisser passer les mycéliums. Cela explique que les nymphes et les adultes ne puissent pas être contaminés par Ascosphaera apis.
- Une baisse de température du couvain, si la
colonie est faible.
- L’humidité
- L’atteinte par d’autres agents pathogènes comme
les virus, Varroa destructor, les
loques.
- Des abeilles n’ayant pas un bon comportement hygiénique
de nettoyage.
- Des facteurs génétiques comme une extension
rapide du couvain au printemps.
- Les manipulations techniques qui diminuent le
ratio Abeilles adultes/Couvain. Par exemple lors de formation d’essaim avec
trop de couvain par rapport au nombre d’abeilles.
Cependant toutes les causes d’apparition de mycose
du couvain ne sont pas connues. Il a été démontré que dans les colonies ayant
un taux d’infection de moins de 12%, les visites de routine ne permettent pas
le diagnostic de la maladie. La mycose du couvain peut être considérée comme
une pathologie insidieuse lorsque peu de couvain est touché, et sérieuse et
cause d’affaiblissement de la colonie lorsqu’on constate une augmentation
rapide du nombre de larves atteintes.
- Antibiothérapie (mais il n'existe pas de spécialité en France présentant une AMM et l'antibiothérapie n'est en aucun cas, à l'heure actuelle conseillée, quelque soit la raison)..
Symptômes
- Sur le cadre
Le couvain apparaît en mosaïque.
Les larves atteintes de mycose meurent généralement après l’operculation
de la cellule. Donc les larves mycosées ne sont pas toutes apparentes.
On peut observer dans les cellules ouvertes des moisissures
pelucheuses blanchâtres recouvrant les larves. Pour 20 larves blanches observées,
on considère qu’il faut compter 40 momies dans le couvain operculé.
Les opercules sont peu modifiés, parfois iles sont légèrement
tachetés et/ou affaissés.
Les momies, qui ne sont pas adhérentes aux parois des alvéoles font un bruit de grelottement lorsqu’on secoue un cadre atteint.
- Sur le plateau et devant la ruche
Les ouvrières nettoyeuses éliminent des alvéoles les larves momifiées que l’on va retrouver sur le plateau de la ruche, sur la planche d’envol et devant la ruche.
Diagnostic
Le diagnostic est aisé, par la présence de momies et par le bruit
de grelottement en secouant les cadres.
Le diagnostic différentiel doit se faire avec les autres pathologies du couvain qui sont responsables de la présence d’un couvain en mosaïque (Loques, atteinte par le virus Sacbrood…)
Pronostic
Ascosphaera apis est rarement responsable de la mort des colonies d’abeilles.
Cependant, la pertes de larves peut être responsable de l’affaiblissement des
colonies par la diminution du nombre de la population d’abeilles adulte et donc
de la capacité de production de miel et de pollen.
De très rares cas de pertes totales de colonies ont été observés.
Traitement
Diverses molécules ont été testées en laboratoire ou dans des ruches mais aucune n’a montré de résultat probant, par manque d’efficacité, toxicité pour les abeilles et difficulté d’utilisation pendant la période de production. Il semblerait que l’huile essentielle de Sarriette des montagnes (Satureia Montana) puisse avoir une efficacité sur la mycose du couvain en l’utilisant incorporée dans un apport alimentaire hivernal à base de Candi à 0,01% en volume. On observerait une forte diminution du nombre de larves atteintes de mycose.
Prophylaxie
La prophylaxie des mycoses du couvain est essentielle d’autant plus
que l’on n’a pas de médicament à ce jour.
Le but est d’empêcher ou d’atténuer les effets de causes
favorisantes :
- Désinfecter les plateaux chaque année afin d’éliminer les
spores,
- Isoler les ruches du sol en hiver et au printemps pour lutter
contre le froid et l’humidité et favoriser l’aération,
- Incliner les ruches vers l’avant afin de permettre à l’eau de
condensation de s’écouler,
- Eviter les emplacements humides et ombragés,
- Remplacer les vieux rayons gaufrés susceptibles d’être porteurs
de spores d’Ascosphaera apis, comme d’autres
agents pathogènes. On considère pratiquement qu’il faut renouveler les rayons
en introduisant chaque année au
printemps au centre de la colonie 2 ou 3 cadres de cire gaufrée pour remplacer
les plus vieux cadres (à cette époque et à cette place, les rayons seront plus
rapidement bâtis et donc susceptibles d’accueillir du couvain. Placés en
bordure du nid à couvain, ils risquent d’être bâtis en cellules de mâle, ce qui
n’est pas souhaitable),
- Remplacer la reine,
- Sélectionner des souches d’abeilles avec un comportement hygiénique élevé et exemptes de mycoses.
(Cela peut se faire grâce au test du couvain
refroidi :
Ce test doit être mis en œuvre afin de vérifier le comportement
hygiénique des abeilles. On peut également d’utiliser pour essayer de sélectionner
des souches avec un fort potentiel hygiénique.
Il se base sur la destruction d’un couvain de larve par le froid
et la vérification de son nettoyage après remise en place dans la ruche.
On découpe un carré de couvain operculé de 10 cm de côté.
On le place au congélateur pendant 24 heures dans le but de tuer
toutes les nymphes.
On le replace ensuite dans la ruche.
Si 48 heures après la réintroduction dans la ruche, tout le cadre
a été nettoyé, on considère que les abeilles ont un bon comportement hygiénique
de nettoyage.)
- Eviter les manœuvres apicoles susceptibles d’entrainer un
refroidissement de couvain : visites trop longues, ratio abeilles
adultes/couvain trop bas lors de
la formation d’essaims,
- Limiter l’apport alimentaire liquide au strict nécessaire et éviter
les antibiotiques (aucun antibiotique n’a d’AMM pour l’espèce abeille).
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