Définition
L’amibiase est une maladie parasitaire des abeilles adultes provoquée par un protozoaire Malpighamoeba mellificae qui se développe dans les tubes de Malpighi. Elle se rencontre très rarement seule et elle est diagnostiquée généralement en concomitance avec la nosémose.
Elle est présente mais peu rependue en France, par contre il semble que sa prévalence soit plus importante en Europe Centrale.
Connue
depuis 1916, Malpighamoeba mellificae a
été identifié pour la première fois en 1925 par Morgenthaler qui va observer
son effet aggravant de la nosémose.
Ce parasite a été peu étudié. En 1964, est paru une monographie sur ce parasite des travaux d’E. Schultz-Langner.
Les tubes de Malpighi et leur rôle
Les tubes de Malpighi, découverts par Marcello Malpighi (1628-1694) médecin et anatomiste italien, sont une structure propre aux insectes, intra-abdominaux. Ils ont un rôle osmorégulateur et excréteur. On dénombre environ 200 tubes de Malpighi qui entourent les intestins dans l’abdomen. Les tubules débouchent entre le ventricule et l’intestin grêle et excrètent dans l'intestin les « urines primaires ». Ces urines, mélangées aux selles provenant de la digestion dans le ventricule, sont composées de déchets azotés rejetés sous la forme de cristaux d'acide urique. Cet acide précipite dans l'intestin à cause de son faible pH, ce qui explique pourquoi les déchets azotés peuvent être éliminés avec un minimum de pertes d'eau, puisque le mouvement osmotique de l'eau suit un gradient établi par transport actif du potassium (K+).
Agent causal et cycle
L’agent causal est un protozoaire décrit en 1916 par Maassen : Malpighamoeba mellificae.
Lors de son cycle il passe par deux phases :
-
une phase végétative, l’amibe qui permet la multiplication du parasite par
reproduction asexuée. Les formes végétatives sont de forme et de dimensions
variables. Les pseudopodes (déformations
de la membrane
plasmique et du cytosquelette qui permettent à une cellule de se nourrir et
se déplacer en rampant sur un support dans une direction déterminée) sont parfois
minces et grêles, parfois digiformes.
-
une phase kystique, les kystes d’amibe d’une taille de 6 à 7 µm. Ces kystes ont une forme ovale ou ronde avec un
noyau. Le cytoplasme occupe la plus grande partie du kyste et contient
parfois de nombreuses granulations éosinophiles.
On pense qu’il peut y avoir deux types de
kystes : les kystes de reproduction de 5 à 7 µm et les kystes de
protection (formes de résistance) de 2 µm, difficiles à mettre en évidence.
Le cycle de Malpighamoeba
mellificae est « simple », il n’y a qu’un hôte,
l’abeille adulte. La forme végétative se transforme en kyste en 3 semaines. La
reproduction est asexuée et se fait par division binaire, à l’intérieur des
tubes de Malpighi.
Chez
les abeilles infectées par le parasite, l’examen microscopique des tubes de
Malpighi permet l’observation de cellules en mitoses.
Le nombre de parasites dans les tubes de Malpighi est variable, on observe parfois la lumière des tubes remplie de kystes et de formes végétatives du protozoaire.
Contamination
La contamination se fait par voie buccale. L’ingestion des kystes de M. mellificae se fait souvent concomitamment avec les spores de Noséma apis. Le rejet de kystes dans la ruche, les alvéoles est la source principale de contamination. Le pillage, la dérive et des techniques apicoles défectueuses sans mesures sanitaires optimales peuvent favoriser la diffusion des kystes entre les ruches et les ruchers.
Pathogénie
L’amibe se développe dans la lumière des tubes de Malpighi. Les spores se transforment en formes végétatives qui vont s’appliquer sur les parois des tubes. La multiplication des amibes est rapide et s’effectue par division binaire (reproduction asexuée).
Les pseudopodes vont alors pénétrer assez profondément dans les cellules des tubes de Malpighi
Il
va en résulter une perturbation du fonctionnement des cellules excrétrices
parallèlement à une destruction progressive de ces cellules.
Ce
dysfonctionnement va avoir pour conséquence une véritable intoxication des
abeilles par insuffisance d’excrétion.
Enfin, selon certains auteurs, M. mellifiacae produirait une toxine.
Symptômes
L’amibiase
des abeilles s’observe le plus souvent au printemps (mars, avril), lorsque les
abeilles comment à sortir des ruches. Mais c’est au mois de mai que l’on trouve
le plus d’abeilles porteuses de kystes. En été et à l’automne, l’amibiase
disparaît généralement (parallélisme avec la nosémose).
Les
symptômes observés sont :
-
la paroi de la ruche, le plateau et les cadres souillée par des diarrhées de
couleur jaune clair,
-
les abeilles présentent une dysenterie et défèquent à la moindre excitation. Il
y a peu de symptômes hormis la diarrhée, on ne trouve pas d’abeilles
trainantes, incapables de voler…
-
une dépopulation sans mortalité apparente (possible mort des abeilles loin des
ruches).
Les lésions observées sont des atteintes des tubes de Malpighi qui apparaissent au microscope dilatés et nécrotiques.
Diagnostic
Clinique
Il n’est pas évident. Des diarrhées de couleur jaune claire, des souillures des plateaux, cadres,… ainsi qu’une dépopulation de la colonie au printemps sans mortalité apparente peuvent être évocateurs de la maladie. Le diagnostic de certitude passe par l’analyse en laboratoire.
Laboratoire
On peut rechercher les kystes du protozoaire dans un broyat d’abeilles coloré ou non au bleu de méthylène. Les kystes apparaissent vides et l’on observe souvent la présence concomitante de spores de Nosema sp.. Cependant, il est possible alors de les confondre avec des cellules arrondies.
L’analyse de laboratoire la plus fiable est la recherche directe dans les tubes de Malpighi. On met alors en évidence de nombreux kystes de Malpighamoeba mellificae dans la lumière des tubes.
Pronostic
La présence de l’amibe en même temps que Nosema complique les connaissances que l’on peut avoir sur cette maladie et les différents auteurs s’y étant intéressés sont partagés quand à la gravité de cette maladie. Pour certains, l’amibiase est bien plus dangereuse que la nosémose (Schulz-Langner, Berlin, 1957, Giordani, Italie, 1959), pour d’autres (Borchert) ce n’est pas une maladie grave mais une maladie qui peut affaiblir les colonies d’abeilles et donc favoriser le développement d’autres pathologies infectieuses.
Traitement
Il n’y a aucun traitement connu à l’heure actuelle contre l’amibiase des tubes de Malpighi.
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