Une colonie
d’abeille est une unité à part entière. Une des caractéristiques de la biologie
de cette colonie est la reproduction assurée par une seule femelle appelée la
reine. Il n’y a qu’une seule reine par colonie et les ouvrières la composant
sont toutes sœurs ou demi-sœurs.
Les ouvrières sont des femelles qui dans une colonie équilibrée accomplissent les autres fonctions nécessaires au développement et à la survie de la colonie. Enfin, les mâles n’ont qu’un rôle connu : féconder les reines.
1. Caractéristiques chromosomiques de la reproduction de l’abeille
Les individus du genre Apis sont
caractérisés par une diploïdie des femelles et une haploïdie des mâles.
Les femelles possèdent 2 X 16 chromosomes.
Les mâles possèdent une seule paire des 16
chromosomes.
Il n’y a pas d’hétérochromosomes
(chromosome sexuel) chez l’abeille, mais des allèles sexuels.
La fécondation de l’œuf est à l’origine de
femelles, soit des ouvrières soit des reines.
Les mâles sont issus d’un processus de parthénogenèse, l’œuf pondu par la reine dans les cellules de mâle n’ayant pas été fécondé. Il peut y avoir des mâles diploïdes lorsque la fécondation entraine la formation d’un œuf homozygote, mais ce mâle sera reconnu et éliminé par les ouvrières nourrices.
2. La reine
La femelle reproductrice de la colonie est
appelée la reine, à tord car elle n’a de fonction que de mère des abeilles de
la colonie. Elle n’a pas d’autres rôles.
Sa morphologie est adaptée à la
reproduction avec :
-
- Un abdomen très développé notamment en période de reproduction,
-
- Deux ovaires hypertrophiés occupant une grande partie du volume de
l’abdomen, reliés à la chambre vaginale par un oviducte,
-
- Une spermathèque, caractéristique fondamentale de la reine, qui va
recueillir le sperme des différents mâles qui vont s’accoupler avec elle lors
du seul vol de fécondation appelé vol nuptial.
La reine vierge se promène dans la ruche
avec un abdomen gonflé au moment de son émergence. Puis, après quelques jours,
son abdomen diminue de taille et la reine devient plus nerveuse et se prépare à
l’accouplement. La reine va alors rentrer en rut.
La reine vierge peut s’accoupler du 6ème
au 30ème jour après son émergence. Elle effectue des vols de
repérages généralement par temps clair et chaud entre 12 heures et 17 heures.
A la suite de ces vols, elle effectue les
vols d’accouplements dans les aires de rassemblements des mâles. La reine va
s’accoupler avec 10 à 15 mâles. Le sperme va alors s’accumuler dans la
spermathèque.
Elle peut ressortir si les vols
d’accouplements ne sont pas suffisants, probablement « estimé » en
fonction de la tension intra-abdominale consécutive à l’accumulation des
spermes des mâles.
A la suite de ces vols nuptiaux et de ces
10 à 15 accouplements, la reine ne se reproduira plus.
NB. Si plusieurs cellules royales sont élevées en même temps, soit la première née tue ses sœurs reines, soit elle produit un son, appelé « chant des reines » pour les empêcher de sortir de leurs cellules royales.
1. Les mâles ou faux bourdons
Les mâles sont adaptés à la fonction de reproduction et on ne leur connaît que cette fonction dans la colonie d’abeille.*
Les œufs de mâles sont généralement
produits au printemps et parfois à l’automne dans certaines régions. Les
alvéoles de mâles sont plus grosses que celles des ouvrières et son
généralement situées en bordure du couvain d’ouvrières.
L’appareil génital est très développé dans
l’abdomen. Les testicules composés d’environ 200 tubes séminifères, vont
produire les spermatozoïdes qui seront fabriqués avant l’émergence de l’imago.
Du mucus est sécrété pour protéger les spermatozoïdes. Ils sont stockés dans
les vésicules séminales qui communiquent avec les testicules par le canal
déférent.
Les faux boudons possèdent un endophallus
qui est l’organe reproducteur sur lequel débouche le canal éjaculateur. Cette
partie se dévagine lors de l’accouplement et le sperme est propulsé avec un
mucus protecteur.
L’accouplement induit la perte de
l’endophallus et la mort du mâle.
La maturité sexuelle du mâle est atteinte entre 12 et 15 jours après l’émergence, mais il ne peut s’accoupler qu’à partir de l’âge de 30 ou 40 jours. La durée de vie moyenne est de 50 jours.
2. L’accouplement
Les mâles et la reine vierge d’une même colonie ne vont pas dans les mêmes aires de reproduction.
-
Lieux de rassemblement des mâles
Les mâles de divers ruchers se rassemblent
généralement dans une zone déterminée pour former le « bal des faux
bourdons ».
Ces sites, généralement identiques d’une année sur l’autre peuvent rassembler des centaines ou des milliers de mâles provenant de colonies distantes de 5 à 7 km.
-
La reine rejoint le bal des faux bourdons
Les reines vont s’envoler vers une de ces aires de rassemblement des mâles, généralement assez éloigné de leur colonie. Lorsqu’une reine arrive, les vols se modifient en véritable poursuite. Les mâles se forment en queue de comète en suivant la reine afin d’essayer de copuler. Les plus vigoureux parviendront à se reproduire … et mourront. On peut y voir un moyen de sélection naturelle.
-
L’accouplement
Les reines attirent les mâles par une
stimulation chimique, la QMP, phéromone royale et physique, la chambre de
l’aiguillon ouverte provoque l’éversion de l’endophallus.
La durée de l’accouplement n’est que de
quelques secondes, puis les faux boudons tombent à terre et meurent. La
séparation avec la reine provoque l’éclatement des organes génitaux et propulse
la semence vers l’oviducte puis la spermathèque.
Un mâle produit 1,5 à 1,7 mm3 de sperme
contenant entre 5 et 10 millions de spermatozoïdes. Au moment de
l’accouplement, 90% de la semence est perdue par la reine, le mucus restant
dans la chambre du dard.
Une reine qui a retenu 3,5 millions de
spermatozoïdes va effectuer un autre vol d’accouplement.
Dans la spermathèque, les spermes des
différents mâles ne se mélangent pas complètement.
L’accouplement peut aussi avoir un destin mortel pour la reine lorsque la séparation entre le mâle et la femelle n’a pas eu lieu. On trouve alors une reine et un mâle accouplé, gisants par terre.
3. La ponte
La reine est la mère de toutes les
abeilles de la colonie. C’est la seule femelle reproductrice.
En période d’extension rapide du couvain,
elle peut pondre jusqu’à 2000 œufs par jour. Le volume de ponte va dépendre de
la saison, des récoltes en pollen et nectar de la colonie qui la stimulent. Par
contre, lors de récoltes importantes, le manque de place, comme par exemple
dans les miellées de lavande, provoque un blocage de ponte.
Elle peut pondre plusieurs années et la
ponte est interrompue par différents facteurs comme le froid, la sécheresse, la
disette.
La reine pond un œuf par cellule au centre
du nid (ou d’un cadre) et du centre vers l’extérieur.
Elle est capable de reconnaître les
cellules d’ouvrières et de faux bourdons, plus grosses à l’aide de sa première
paire de pattes. Lorsqu’elle reconnaît une cellule d’ouvrière, le passage de
l’œuf dans les voies génitales s’accompagne d’une libération d’une quantité
infime de spermatozoïdes par un mouvement réflexe qui contracte une valve
située sur le canal de la spermathèque. L’œuf est alors fécondé et donnera une
ouvrière.
Si elle reconnaît une cellule de mâle, il
n’y aura pas de fécondation.
Enfin, lorsque dans les conditions
naturelles, les reines deviennent trop vieilles, la provision des
spermatozoïdes s’épuise et la reine devient « bourdonneuse », ainsi
appelée car elle ne pourra pondre que des œufs de mâles.
*Des études récentes leur attribueraient des rôles dans la thermogénèse des ruches ainsi que dans la répartition du nectar et l’élaboration du miel.
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