En Ariège, plusieurs ruchers ont été décimés cet hiver. Les traitements insecticides des locaux et des ruminants sont soupçonnés d’être à l’origine d’une possible intoxication des abeilles.
Commémoratifs
Lors d’une visite hivernale les ruches de ruchers ariégeois ont été découvertes décimées avec un taux de pertes important pouvant même atteindre les 100 p 100.
Hypothèses
Les colonies
ont été retrouvées mortes ou avec des populations très faibles, les cadavres
d’abeilles étant situés devant toutes les ruches ou à l’intérieur.
L’extrême violence des symptômes observés laisse envisager l’hypothèse d’une intoxication.
La conduite d’un de ces cheptels semblant être exemplaire et
l’historique montrant un suivi dans les meilleures conditions sanitaires,
l’hypothèse toxique a été posée et des prélèvements effectués en conséquence.
Des abeilles mortes ont été adressées au Service Central d’Analyse du CNRS.
Résultats de l’analyse
Les résultats sont revenus rapidement et ont montré que dans deux
ruchers, les abeilles mortes adressées au laboratoire étaient contaminées par
de la perméthrine*.
Interprétation
La présence de perméthrine est en faveur d’une intoxication aiguë.
Cependant, il est nécessaire de corréler ces résultats aux symptômes observés.
Que constatons nous? :
-
Des
abeilles mortes de façon aiguë,
-
Une
conduite sanitaire du cheptel qui semble être optimale, les abeilles n’étant pas dénutries et la
préparation à l’hivernage ayant été effectuées selon les usages de bonne
pratique apicole (traitement de la varroose, vérification du
« stock » de réserves alimentaires…),…
- Une présence de perméthrine, insecticide connu pour son action aiguë et utilisée dans la lutte contre les insectes en élevage.
Il me semble que ces différents points sont en faveur d’une probable intoxication à cet insecticide comme hypothèse principale de la mort des ces colonies des deux ruchers positifs à la perméthrine.
Cependant, les questions qui subsistent sont: - pourquoi en décembre-janvier, alors que les abeilles ne sortent pas l’hiver ? Y a-t-il eu un effet retard ou subaigu de cette perméthrine ? Y a t-il une accumulation des toxiques dans la grappe d’abeilles par contact ? Comment connaître la dégradation de l’insecticide après l’intoxication de l’abeille et quelle est la dose initiale de perméthrine à laquelle ont été confrontées ces abeilles?... Toutes ces questions sont à étudier et à rechercher, mais l’on ne peut nier que l’hypothèse principale est une intoxication à la permétrine.
Discussion : Comment est-il possible de trouver de la permethrine?
La lutte contre la FCO**, Fièvre Catarrhale Ovine, a imposé aux
éleveurs la vaccination des animaux et la désinsectisation dans certaines
zones, notamment en Ariège. Il semble que de la perméthrine a été utilisée dans
les locaux et sur les animaux. Il n’est
pas exclu que cette permethrine ait contaminé par ruissellement le milieu extérieur
et donc les abeilles, qui on l’a vu plus haut, peuvent être contaminées par voie orale ou par contact. C’est une hypothèse raisonnable et raisonnée de la
contamination des abeilles et de leur intoxication probable.
Il semble que la désinsectisation n’ait pas eu, selon l’AFSSA, l’effet escompté sur la diffusion du vecteur du virus de la FCO. En 2009, selon le rapport d’une réunion entre le CNDA et la Fédération Nationale Ovine, il ne devrait pas y avoir de campagne de désinsectisation. Ce qui permet d’espérer que ces cas d’intoxication possible ne se reproduisent pas, et ce d’autant plus que la perméthrine semble ne pas s’accumuler dans le sol. Mais il y a d’autres pesticides que la perméthrine qui ont pu être utilisés…
*La Perméthrine est un pyréthrinoïde de première génération. C’est le premier parmi ces pyréthrinoïdes à avoir été synthétisé (1973) et commercialisé (1977) ; utilisé pendant de très nombreuses années en agriculture pour la protection du coton ainsi que des céréales, grâce à ses propriétés de photostabilité. Il a été progressivement abandonné au profit de pyréthrinoïdes plus performants de générations plus récentes. Néanmoins, du fait de ses caractéristiques très intéressantes (efficacité, faible toxicité, bonne stabilité à la lumière et à la chaleur, compétitivité, etc.) la Perméthrine demeure l’un des pyréthrinoïdes parmi les plus utilisés à des usages non-phytosanitaires.
Propriétés
physico-chimiques :
La
Perméthrine est constituée d’un mélange d’isomères : cis et trans dont
les premiers sont les plus actifs.
Au stade commercial c’est la
Perméthrine de ratio cis/trans 25/75 qui a été préférée, en raison de sa
moindre toxicité.
Aspect : substance semi-cristallisée à température ambiante,
de couleur jaune ambré à brun.
Mode
d’action :
La Perméthrine est
un insecticide qui agit par contact et par ingestion ; comme tous les
pyréthrinoïdes il est actif au niveau du système nerveux en perturbant la
conduction de l’influx nerveux le long des axones.
Usage : Ainsi, grâce à un large spectre d’activité sur les insectes, une bonne persistance d’action, une toxicologie favorable vis-à-vis des humains et des animaux à sang chaud la Perméthrine 25/75 est aujourd’hui encore largement utilisée et appréciée dans de nombreuses situations : en santé publique contre les parasites (poux, lentes, tiques, etc.) et contre les vecteurs d’endémies (moustiques). L’O.M.S recommande son utilisation pour la fabrication des moustiquaires imprégnées; pour des applications domestiques (aérosols anti-mouches, anti-cafards, anti-guêpes … pulvérisateur barrière-insectes, etc.); en hygiène publique, pour la lutte contre les blattes, les puces, etc... et le contrôle de longue durée des mouches et moustiques; en milieu industriel pour la préservation du bois (scieries, charpentes, parquets) la protection de la laine, le traitement des tissus et des textiles; en milieu agro-alimentaire (entrepôts de stockage des denrées, etc.).
**La fièvre
catarrhale ovine, également appelée maladie de la langue bleue est une maladie
virale. La transmission se fait presque exclusivement par l'intermédiaire
de moucherons piqueurs du genre Culicoïdes (C.
imicola est le principal vecteur). Ils contaminent les animaux en les
piquant.
Cette
maladie est essentiellement située dans les zones subtropicales du fait de la
biologie de son vecteur. Elle a fait son apparition ces dernières années dans
les pays du Sud de l'Europe (Grèce, Italie, Espagne mais également la Corse) et
récemment dans le Nord de l'Europe (Allemagne, Belgique, Pays-Bas et France
continentale).
Cette maladie ne touche que les ruminants et se manifeste chez les ovins principalement par différents symptômes : fièvre, boiteries, œdèmes, cyanose des muqueuses, amaigrissement pouvant conduire à la mort des animaux ou à une guérison lente avec d'importantes pertes économiques. L'épizootie actuelle semble se distinguer par une atteinte non négligeable des bovins habituellement résistants à la maladie. Les signes cliniques observés dans l'épisode actuel sont les suivants : œdèmes et ulcérations buccales ou nasales, boiteries, œdème et érythèmes des mamelles.
Cas très interessant. Etant moi même vétérinaire en clientèle charolaise, j'ai ce printemps préconisé faute de mieux à mes clients des traitements insecticides sur leur animaux bovin et ovin (en leur expliquant nos doutes sur leur capacité à enrayer l'épizootie), avec une petite inquiétude pour les ruchers voisins (dont les miens). Les traitements ont été intenses, généralisés et prolongés de mars à mai juin, date d'arrivée des premiers vaccins destinés aux cheptels (deltamethrine pour on et pulvé, cyperméthrine en boucles auriculaires etc...).
jusqu'à ce jour aucun problème rapporté par les apiculteurs du coin, la récolte à même été particulièrement bonne dans le bourbonnais cette année malgrè un printemps peu favorable, les colonnies étaient globalement bien pourvues pour la mise en hivernage. Mais quid des mortalités cette hiver??
Il serait peut-être interessant de faire remonter les informations de toutes les grandes régions d'élevage concernant des problèmes similaires.
Enfin a t on exploré la piste d'une possible intoxication des abeilles par ingestion de purin provenant d'animaux traités ou plutôt de locaux traités à la preméthrine (MEFISTO ND ...)? Il est fréquent en fin d'hiver, lors de la reprise de la ponte que les colonnies qui ont de gros besoins en eau, aillent s'abreuver préférentiellement sur les flaques de purins à proximité des tas de fumier, délaissant souvent l'abreuvoir mis à disposition par l'apiculteur.
Rédigé par : Noireterre P. (03) | lundi 09 février 2009 à 22h04