"Au delà du seuil de 50 Varroas résiduels, les dommages causés par le parasite et les virus dont il est le vecteur sont tels que la colonie risque de souffrir, voire de s'effondrer". Jérôme Vandame et Jean-Marie Barbançon, La Santé de l'Abeille.
La lecture de diverses études publiées sur Varroa et ses traitements est très intéressante et même si l'on a l'impression que les résultats divergent, il est nécessaire d'en parler pour rappeler l'importance de la lutte contre Varroa.
-Suivi de l'efficacité des traitements contre Varroa destructor bénéficiant d'une AMM au cours de l'automne et de l'hiver 2006/2007 - J. Vallon et coll. (Bull. Tech. Apic., 34 (2), 2007)
-Contrôle de l'efficacité du médicament APIVAR ND contre Varroa destructor, parasite de l'abeille domestique -JP. Faucon et coll., AFSSA (Revue Méd. Vét., 2007, 158,6)
-La varroase, une situation alarmante - JP. Faucon (La santé de l'abeille)
-Essai d'efficacité thérapeutique de l'Amitraze contre Varroa destructor - Le Conte et coll, INRA (La santé de l'abeille)
-Traitement de la varroose, une stratégie à repenser - Jérôme Vandame et Jean-Marie Barbançon (La santé de l'abeille N°226)
Préambule:
Il est nécessaire de faire la part des choses entre efficacité (d'un médicament) et résistance (de Varroa à un médicament). Ce sont deux notions très différentes.
L'efficacité est estimée en mesurant le nombre de parasites tués par un traitement par rapport aux parasites totaux dans la colonies et par le nombre de parasites restant après un traitement. une mauvaise efficacité peut être la résultante de plusieurs facteurs "carence d'application, utilisation incorrecte, absence de diffusion de la molécule ou résistance du parasite" (mesurée uniquement en laboratoire).
La résistance (à une substance) c'est l'apparition de la faculté d'une souche d'organisme (parasites, bactéries...) de "tolérer des doses de cette substance toxique qui exercerait un effet mortel sur la majorité des individus d'une population normale d'une même espèce". Les études de résistances ne peuvent se faire qu'en laboratoire.
En premier lieu, rappelons que seuls trois médicaments vétérinaires ont une AMM pour le traitement de la varroose: Apivar, Apiguard et Apistan.
En ce qui concerne l'Apistan, un manque d'efficacité ainsi que des phénomènes de résistance (liens de cause à effet?) chez Varroa sont reconnus. L'étude de la Fnosad présentée dans la Santé de l'abeille N°226 insiste sur l'insuffisante efficacité d'Apistan, les constatations sur le terrain ayant montré que ce médicament présente une efficacité supérieure à 95% dans moins de 2 ruches sur 5. Cependant, après avoir été abandonné pendant quelques années dans les Bouches-du-Rhône, il a été ré-utilisé et a montré une efficacité comparable à celle d'Apivar, malgré quelques échecs difficiles à l'heure actuelle à expliquer.
Les apiculteurs se posent aujourd'hui beaucoup de questions sur Apivar et constatent une diminution de son efficacité.
Apivar, dont la molécule active est l'Amitraz, est utilisé sous forme de lanières à placer dans les ruches pendant 10 semaines dès la fin de la période de production.
Depuis quelques années les apiculteurs parlent de manque d'efficacité d'Apivar.
L'ADAPI constate dans son étude en Provence 2006-2007, une augmentation des colonies non protégées entre 2004 et 2006 par un traitement unique d'Apivar, relativisé par l'efficacité toujours importante d'Apivar (97,4% d'efficacité en 2006-2007). Julien Vallon écrit "il est inquiétant de voir augmenter ainsi d'une année à l'autre la part des colonies qui ne sont pas protégées par un seul traitement Apivar".
JP. Faucon, dans un article de la Santé de l'Abeille, évoque un rucher personnel et le nombre important de Varroas comptés dans ses colonies après un traitement de contrôle suite à un traitement d'Apivar placés pendant 10 semaines. Il en trouve entre 53 et 586. Il en conclut qu'"avec un seul traitement à l'Apivar, certaines colonies auront bien du mal à passer l'hiver. Un contrôle de toutes les colonies du rucher, un traitement complémentaire avec un produit acaricide autre que l'amitraze est donc obligatoire à l'heure actuelle"
Une étude de la Fnosad présentée dans La santé de l'abeille N°226 (Vandame-Barbançon) précise qu' Apivar présente une efficacité de 95% sur en moyenne 78% des colonies. L'efficacité est estimée par un comptage des varroas après traitement de contrôle. Cependant dans cette étude, dans 16% des cas l'efficacité est insuffisante et pour 6% des cas très insuffisante. L'étude montre des disparités en fonction des départements, ainsi dans le Finistère, l'efficacité constatée d'Apivar est meilleure qu'ailleurs.
Enfin, dans une étude effectuée sur 15 ruches publiée par la Revue de Médecine Vétérinaire, Monsieur Faucon et ses collaborateurs et collaboratrices concluent à une efficacité de 99,5% d'Apivar ("protection de 99,5%" par Apivar). Les travaux de Monsieur Le Conte à l'INRA vont dans le même sens et conclut que "l'efficacité de la molécule Amitraz et du procédé Apivar est tout à fait satisfaisante dans les conditions expérimentales de nos ruchers de la région d'Avignon où les acariens ne semblent pas devenir résistants à cet acaricide pour le moment".
Que peut-on sortir de ces observations et études?:
1. Pratiquement, on peut déjà parler parfois de manque d'efficacité pour des raisons "techniques" ou environnementales:
-Lanières laissées en place pas assez longtemps,
-La grappe d'abeille qui se déplace, il faut quand même regarder les cadres vides en contact avec les lanières: ils sont affaissés au niveau des lanières ce qui prouve un action chimique des lanières et il n'est pas certain que les abeilles apprécient.
-Présence de couvain fermé et donc non action de la molécule sur les varroas qui sont dans les cellules operculées.
Il faut prendre en compte ce dernier car la modification du climat raccourci les périodes de froid et lorsqu'il fait doux, l'activité de la ruche est plus importante et celle de la reine aussi!
-Le froid inhibe aussi l'action de l'amitraze; "l'activité des abeilles au sein de la grappe sera plus réduite et la diffusion du produit actif sera moindre".
-Non vérification de la position des lanières à mi-traitement et donc non re-positionnement.
2. "Si le traitement de la varroose avec des médicaments avec AMM reste indispensable, les résultats obtenus (dans l'étude de la Fnosad) semblent indiquer que le stratégie de lutte monothérapeutique qui était conseillée jusqu'à présent, soit désormais insuffisante dans un certain nombre de situations" écrivent J. Vandame et J.M. Barbançon . Cela est vrai également dans les autres études lues, sauf une.
3. Enfin, comme le souligne Jean-Marie Barbançon, "il y a une impérieuse nécessité à étudier au laboratoire la résistance/sensibilité des acariens Varroa face aux acaricides employés dans les suivis d'efficacité (amitraze et fluvalinate)". Il précise qu'un travail de laboratoire concernant la résistance /sensibilité de Varroa aux acaricides devrait être conduit sur la période 2009-2010 (Programme communautaire pour l'apiculture).
Aujourd'hui, il y a pratiquement un consensus sur la nécessité d'une bithérapie, voire d'une trithérapie:
-Un traitement à libération lente (lanières) dès la fin août- début septembre pendant 10 semaines avec vérification de la position des lanières à mi-traitement et re-positionnement de celles-ci, si nécessaire, afin que le contact avec les abeilles soit optimal.
-Après ce traitement, un ou deux traitements "de contrôle" permettront à la fois de vérifier l'efficacité du traitement effectué et d'agir sur les varroas restants. Ce ou ces traitements DOIVENT être effectués sur COUVAIN OUVERT ou avec très peu de couvain fermé et dès le retrait des lanières.
La lutte contre Varroa est une obligation pour les apiculteurs, elle doit être faite dans les règles de l'art, et ce d'autant plus que ce parasite est certainement responsable de l'affaiblissement de nombreuses colonies et de la perte de production.
Cela est d'autant plus nécessaire si les apiculteurs veulent être écoutés auprès des services de l'état sur les autres dangers tellement importants que courent les abeilles et notamment les pesticides. Certains font leur miel, passez-moi l'expression, de ce fait et soutiennent que c'est uniquement Varroa et les traitements défaillants qui affaiblissent les colonies et font abstraction des dangers de l'exposition aux pesticides.
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