Dans le blog "thedailygreen.com", Kim Flottum écrit ceci: "Le syndrome d'effondrement des colonies n'est pas causé par les pesticides, nous savons cela. Mais les pesticides tuent les abeilles... qu'ils soient appliqués par les agriculteurs, la communauté, le gouvernement ou même les apiculteurs. Il faut faire plus pour contrôler notre exposition à ces poisons..."
Plusieurs articles aux USA évoquent l'effet néfaste (potentiellement et réellement) des pesticides sur les abeilles.
Dans quelle mesure ces pesticides peuvent-ils intervenir dans le CCD, nul ne sait mais le fait d'en parler est intéressant et le sujet n'est pas (plus?) tabou. Il met en lumière la nocivité de ces produits pas seulement de manière aiguë, mais aussi chronique, avec la possible désorientation des abeilles et donc leur impossibilité de travailler voire de retourner à leur ruche.
CONSTATS D'UN APICULTEUR
Un apiculteur américain, Dave Mendes, qui possède 7000 ruches (oui, sept mille!), représentant la Fédération Américaine d'Apiculture et en outre lobbyiste de cette industrie (terme américain) dans les couloirs du Congrès est parti d'un constat: "Si vous mettez les abeilles sur des champs de coton au texas, vous aurez de nombreuses pertes. Si vous les laissez dans les bois et qu'elles ne vont pas sur le coton, elles iront bien. C'est la même chose avec le citron dans le sud-est (Floride) ou sur les pommes dans le nord-est". Sa conclusion est que les abeilles souffrent de quelque chose toxique!
Cela est un constat, pas une conclusion scientifique.
CONSTATS DES SCIENTIFIQUES SUR LA PRESENCE DES PESTICIDES
Cependant, le 18 août une présentation a été effectuée devant la Société Nationale Américaine de Chimie à Philadelphie par des chercheurs à propos de nombreux pesticides trouvés dans des échantillons d'abeilles adulte, de couvain, de pollen et de cire prélevés sur des colonies mortes ayant présenté apparemment les symptômes du Syndrome d'Effondrement des Colonies.
La recherche de pesticides a concerné non seulement ceux utilisés pour le traitement contre Varroa, mais aussi pour tous les autres pesticides non utilisés en apiculture. 170 pesticides ont été recherchés. Les analyses sur les abeilles, la cire et le pollen ont été effectuées par chromatographie gazeuse et liquide (avec une méthode QuEChERS modifiée - Quick, Rugged, Safe -Rapide, Robuste, Sûre). Certains échantillons ont été adressés pour analyse au Service Marketing de l'USDA (Département de l'Agriculture des Etats-Unis) qui font des études sur le lait, les fruits et autres produits de matières premières.
Les résultats présentés montrent que:
-Des taux de Fluvalinate et de Coumaphos (interdit en France) sans précédent dans les échantillons de cire (cire gaufrée et cire montée par les abeilles)
-Des taux plus bas de 70 autres pesticides et de leurs métabolites dans les échantillons de pollen et d'abeilles. Les cires gaufrées étaient également contaminées par des pesticides.
La découverte de pesticides utilisés pour la lutte contre Varroa était attendue, par contre les taux constatés pour les autres pesticides ont été une "surprise". Chaque abeille testée était contaminée par au moins un pesticide, et le pollen en moyenne 6 avec un échantillon contaminé par 31 pesticides différents.
Pour Maryann Frazier, chercheur, cela a été "un petit choc de constater les niveaux et la présence généralisée de ces pesticides".
D'autres molécules ont été détectées comme des fongicides. Ainsi James Fraizier, spécialiste de la physiologie des insectes, précise qu'ils ont "trouvé des fongicides inhibiteurs du métabolisme des stéroïdes qui ont également cet effet sur des enzymes similaires dans d'autres organismes". Ainsi ces fongicides, en association avec des pyréthrinoïdes et/ou des insecticides néonicotinoïdes peuvent avoir un effet toxique démultiplié (des centaines de fois plus toxiques) que chacun des pesticides isolement. Ainsi, une étude de Caroline du Nord montre que la toxicité pour les abeilles en laboratoire de certains néonicotinoïdes en association avec certains fongicides est multipliée par 1000!
Cela pose donc le problème non seulement de l'intoxication par le produit lui-même, mais aussi de la nature aiguë ou chronique de l'intoxication et enfin de l'influence de la synergie des toxiques notamment lors des intoxications chroniques. Les chercheurs américains insistent sur ce fait! Et ce, alors que l'EPA (Agence de Protection de l'Environnement des USA) prend uniquement en compte l'intoxication aiguë pour chaque pesticides.
INTOXICATIONS CHRONIQUES: LA NECESSITE D'UNE PRISE EN COMPTE
Pour Bayer CropScience, l'exposition chronique aux insecticides néonicotinoïdes NE présente pas un risque significativement plus important qu'une exposition aiguë car ces molécules sont rapidement métabolisées et ne s'accumulent pas dans les tissus. La désorientation et la mémoire, ainsi que les effets sur la reine et le développement du couvain à des doses de 20 ppb (dose sub-létale)ne pose pas de problème, selon Bayer qui a également étudié l'effet synergique fongicide-insecticide. Bayer conclut que "l'effet synergique a été démontré dans des hautes conditions artificielles en laboratoire. Des les tests en plein champs, il n'y a pas de preuve de la toxicité synergique sur les abeilles".
On ne pouvait imaginer une autre réponse de Bayer!
Pourtant, une fiche produit de la Clothianidine de l'EPA (Agence de Protection de l'Environnement des USA), révèle que cet insecticide a le potentiel pour un effet toxique chronique pour les abeilles par l'intermédiaire des résidus de la Clothianidine sans le nectar et le pollen. Ces effet létaux et sub-létaux peuvent affecter les larves et la reproduction des reines. Les effets sub-létaux connus, notamment par action sur l'activité des enzymes, entraîne des dysfonctionnement de la mémoire olfactive, de la motricité et de l'orientation ainsi que du comportement alimentaire. La toxicité chronique affecte également le métabolisme cérébral notamment dans les centres cérébraux de la mémoire et donc créé des troubles de la mémoire.
On ne peut donc se satisfaire des "postulats de Bayer." Et ce, d'autant plus qu'utilisé en enrobage, la clothianidine a été retrouvée dans le maïs et les tournesols (fleurs "contaminées" par voie systémique) à des taux suffisamment élevés pour menacer les abeilles.
PRISE DE CONSCIENCE AUX USA: LES PESTICIDES SONT DONC PRESENTS DANS LES RUCHES
Les apiculteurs et les chercheurs américains prennent conscience que l'on trouve donc des pesticides dans les ruches à la fois par nécessité de lutte contre le Varroa, mais aussi provenant du monde extérieur à la ruche, et surtout que ces pesticides peuvent être à l'origine de pertes de colonies. Ceux qui ont pris conscience de ce problème aux Etats Unis restent "perplexe" quand à la logique actuelle de laisser perdurer cette situation où les pesticides sont utilisés légalement dans les champs et les cultures malgré l'exposition chronique et continue des abeilles et les conséquences que cela peut avoir.
Il semble donc qu'aux Etats Unis, un lien commence à être fait entre la disparition des colonies et l'utilisation des pesticides dans l'agriculture ...
De là à imaginer l'irruption de ces molécules dans le CCD, le pas n'est pas franchi. Cependant, il n'a pas été possible de démontrer qu'un virus, qu'un parasite (Noséma sp., ...), ou l'association des deux est responsable du CCD, peut-être serait-il intéressant de chercher dans quelle mesure les pesticides fragiliseraient les colonies en les désorganisant, laissant la porte ouverte à toutes les maladies opportunistes possibles...
D'ailleurs, (et je l'ai lu après avoir fini cet article) dans le journal Le Monde daté du 20 septembre 200!, Dennis Van Engelsdorp, chercheur au département d'agronomie de l'université de Pennsylvanie répond ceci à la question suivante "Y a-til aux Etats Unis un débat sur les pesticides et leur implication dans le déclin des abeilles": "Oui. L'une de nos priorité est d'ailleurs d'analyser les résidus de pesticides dans les ruches. Mais quand nous relevons des échantillons dans les ruches, atteintes ou non par le CCD, nous ne trouvons pas de traces conséquentes de résidus chimiques. Cependant, il n'est pas exclu que les pesticides aient des effets sub-létaux plusieurs semaines après l'exposition, provoquant par exemple un affaiblissement du système immunitaire des insectes"
En attendant, les apiculteurs tentent de prendre des mesures pour protéger leurs colonies des pesticides sans oublier ceux utilisés dans la lutte contre Varroa (il ne faut pas les oublier, ils sont aussi toxiques).
LES 7 REGLES CONSEILLEES AUS USA POUR PROTEGER LES ABEILLES DES PESTICIDES
1. Etre prudent dans ce que l'on utilise dans les ruches Pour les traitements anti-Varroa. Utiliser les molécules les plus douces (les moins toxiques) et les plus efficaces disponibles.
2. Si vous pollinisez des cultures, ayez conscience des produits phytosanitaires que l'agriculteur utilise, et spécialement de ceux que ses voisins utilisent.
3. Prenez garde des 3 létaux... mais, soja et coton.
4. Demandez à l'agriculteur quels produits phytosanitaires il a utilisé avant l'arrivée des abeilles afin d'être certain qu'il n'y a pas de molécules systémiques dans le nectar et le pollen que les abeilles pourraient rapporter à la ruche.
5. Si vous soupçonnez que vos abeilles ont été exposées à un des ces pesticides systémique, qu'elles ont en rapporté à la ruche, "serrez les dents".
6. Soyez sûr que vos colonies sont bien nourries. Certains apiculteurs apportent des protéines toute l'année maintenant, ce qu'ils ne faisaient pas avant.
7. Connaître le niveau d'infestation par Varroa.
Aux USA, on commence donc à parler des pesticides et de leur effet néfaste sur les abeilles, leur travail de pollinisation et leurs productions. Mais le théorème "CCD n'est pas causé par les pesticides" est sûr et certain pour tous. Pourtant les pertes de colonies sont constatées sur le coton, le citron et les pommes... L'usage des pesticides dans les ruches pour lutter contre Varroa, dans les champs sur les cultures et leur persistance dans les milieux et dans les champs après les récoltes sont cependant des questions qui interpellent les apiculteurs et chercheurs américains avec l'interrogation de savoir quels sont leurs effets toxiques sur les abeilles et leur rôle dans leur disparition.
Enfin, tant que l'on pensait que virus, parasites, bactéries, techniques apicoles pouvaient être responsables du Syndrome d'Effondrement des Colonies aux Etats-Unis, seuls les chercheurs mettaient leur nez dans ce problème, mais maintenant que les pesticides font leur apparition comme cause possible de pertes de colonies, les politiques commencent à y regarder de plus près... pour protéger les abeilles et les consommateurs ou au contraire les agriculteurs utilisateurs massifs de pesticides et les industries chimiques? La question est aussi là!
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