La filière apicole a besoin des vétérinaires face à la perte importante de ruches chaque année
Suite à des
pertes considérables dans les ruchers de l’est de la France, un article récent du journal Le Monde (« Les ruches de l'Est de la France se dépeuplent
de façon inquiétante » - Olivier Rescanière – 13 Juin 2008), évoque le fait que « peu de
vétérinaires » sont spécialisés dans le domaine de l’abeille et de la
pathologie apicole.
Cela est vrai et cependant une
formation existe en France qui permet d’obtenir une formation de base dans le
domaine de la pathologie de l’abeille : il s’agit du DIE (diplôme
inter-écoles) d’Apiculture-Pathologie Apicole.
Créé grâce à la persévérance du
professeur Monique L'Hostis (Parasitologie-Aquaculture-Faune Sauvage, ENVN), la
profession vétérinaire se forme donc dans un domaine qu'elle connaît peu, et où
l'on fait peu appel à elle: l'Apiculture et la Pathologie des abeilles. La
première promotion a été diplômée en 2006. La deuxième sera diplômée en
décembre 2008.
La troisième session du DIE Apiculture, Pathologie apicole commencera en Janvier 2009. Ce Diplôme Inter-Ecole a lieu à l'Ecole Vétérinaire d'Alfort (Professeur René Chermette, Parasitologie-Mycologie) et à l'Ecole Vétérinaire de Nantes (Professeur Monique L'Hostis, Parasitologie-Aquaculture-Faune Sauvage,).
La formation du DIE
Pratiquement, la formation est
regroupée sur quatre semaines : 3 semaines d’enseignement théorique et une
semaine de stage.
L’enseignement théorique va de la biologie de l’abeille à sa pathologie en passant par des notions approfondies d’apiculture. Les intervenants sont exceptionnels. De la structure sociale de la ruche à la diversité des maladies et à la complexité du développement de ces maladies, l’enseignement est passionnant : la formation de vétérinaire peut donner un plus à cette filière en danger.
Trois raisons essentielles peuvent conduire un
vétérinaire à s’intéresser à la pathologie apicole:
1. L'abeille est un insecte dont les productions et
le rôle dans la pollinisation sont essentiels pour l'Homme et le vétérinaire est
un maillon indispensable de l'alimentation humaine d'origine animale (d’autant
plus en ces jours où la profession vétérinaire est sous le joug des
propositions Attali) ;
2. Alors que le vétérinaire a sa
place dans la filière bovine, ovine, piscicole…, il est absent dans la filière
apicole ; ce sont les apiculteurs eux-mêmes, les agents apicoles des DSV
qui « ont pris en charge » la prophylaxie et la pathologie apicole.
En cas de problème qu’ils ne sauraient géré, les apiculteurs appellent l’agent
apicole ou les confrères apiculteurs, jamais les vétérinaires… Et pour cause,
la profession ne s’est jamais vraiment intéressée à cette espèce jusqu’à la
création du DIE de pathologie apicole. Il ne faudrait pas que les vétérinaires
laissent de côté des pans entiers de domaines qui sont de leur compétence, avec
le risque de perdre des champs entiers...
3. et probablement la plus importante, l’abeille semble réellement en danger et la filière apicole est très inquiète voir en détresse.
La filière apicole
représente aujourd’hui environ 1500 apiculteurs professionnels (ils
étaient 1750 en 2004) et 65 000 amateurs. On estime qu’il y a plus d’1 million
de ruches en France et les apiculteurs professionnels (plus de 150 ruches)
exploitent près de 45 % du cheptel.
Les productions et services de la
filière apicole sont très divers et variés :
-
Production de
miel
-
Production de
gelée royale
-
Production de
pollen
-
Elevage de
reines (pour les autres cheptels...)
-
Pollinisation (formation et élevage de ruches et
d’essaims pour permettre la pollinisation des melons, fraises, arbres
fruitiers… Cette activité est majeure et peu connue. Elle représente la plus
grande partie des revenus des apiculteurs américains)
La
production de miel a diminué, alors que la consommation de miel en France est
stable (40 000 tonnes). Elle était estimée à 25 500 tonnes en 2004 et à 20 000
tonnes en 2006. Il est donc nécessaire d’en importer.
Les défis de la filière
Cette filière est aujourd’hui en
détresse en même temps que l’abeille est en danger. Si il y a 20 ans la perte
de ruche avoisinait les 4 à 5 % par an, aujourd’hui, il n’est pas rare de voir
des pertes pouvant atteindre les 25 à 30%, comme cet hiver où certains ont
perdu beaucoup de leur cheptel, notamment en Alsace.
Les causes de ces pertes sont
difficiles à connaître : pesticides, Varroa, Nosema, virus, loques,
conduite sanitaire des ruchers, réchauffement climatique, raréfaction de la
biodiversité, voire causes multifactorielles… sont le plus souvent évoquées
dans ces pertes de colonies.
Aux USA, le Colony Collapse Disorder ou CCD, Syndrome d’Effondrement des Colonies frappe. Il est à l’origine de la perte de nombreuses colonies et de la grande inquiétude des apiculteurs américains. Là-bas tous les services fédéraux de l’agriculture ont mis en commun leurs moyens pour comprendre cette (ces ?) maladies (s ?) et des millions de dollars sont affectés à la recherche sur le CCD. Aux USA, l’apiculture après son activité principale, la pollinisation, rapporte environ 15 milliards $ à l’agriculture américaine.
La place du vétérinaire dans cette filière
Alors que peut-on, en tant que
vétérinaire, apporter à la filière apicole :
- Tout d’abord notre formation de
clinicien nous permet d’avoir une réflexion et un regard particulier sur les
problèmes pathologiques qui peuvent survenir.
- D’autre part, au niveau
pratique, les GDSA ont besoin de
vétérinaires et il vaut mieux connaître l’abeille pour réaliser les visites
sanitaires contractuelles des PSE. Le vétérinaire a sa place dans la mise en
œuvre des PSE et sa prescription est nécessaire.
- Il y a des ruches et des apiculteurs professionnels et amateurs partout en France et donc le maillage géographique vétérinaire est nécessaire.
Maintenant, il est également possible de se former dans ce domaine pour des raisons plus personnelles. Le monde de l’Abeille est en effet un domaine passionnant. La beauté fascinante de la régularité des rayons, l’odeur des ruches, mélange d’effluves de cire et de miel, l’observation des abeilles au travail rapportant des pelotes de pollen, la recherche d’une reine dans une ruche telle une aiguille dans une botte de foin… sont des bonheurs que l’ont peut avoir en travaillant sur les ruches avec des apiculteurs.
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