Une nouvelle rubrique dans Apivet.eu: La rubrique Dossier, dans laquelle sera traitée un thème, une histoire, ... Aujourd'hui retour sur l'Imidaclopride.
Préambule: Voici l'histoire d'une étude de l'Afssa sur l'imidaclopride et les abeilles qui a été remise en cause pour ne pas employer le mot démontée par des spécialistes de La Commission d'Etude de la Toxicité des Produits Antiparasitaires à Usage Agricole et des Produits Asssimilés, des Matières Fertilisantes et des Supports de Culture (Groupe de Travail ABEILLES), saisie par le Directeur Général de l'Alimentation et par le Groupe de réflexion créé par des vétérinaires spécialistes de pathologie apicole.
Pourtant, aujourd'hui cette étude est encore reprise par certains comme un élément de certitude. Par exemple monsieur Aubert (La France Agricole N° 3216 du 04/01/08) qui affirme sans aucune réserve, ni complexe, ni questionnement: "Nous-mêmes avons observé qu’il n’y avait pas plus de mortalité chez des colonies nourries expérimentalement avec un sirop additionné d’imidaclopride aux concentrations maximales susceptibles d’être trouvées sur le terrain que chez des colonies témoins. Aujourd’hui, tout un faisceau de preuves conduit à dire que l’imidaclopride a été une fausse piste."
Il est donc nécessaire de rappeler un peu les faits afin de remettre les idées en place. Et ce, d'autant plus qu'est en train de se passer avec le Cruiser® des événements qui ressemblent fort à cette histoire.
1. En 2000 (publié en 2004), l'Afssa, sous la houlette de monsieur Faucon, Chef de l'Unité pathologie de l'Abeille à l'AFSSA Sophia Antipolis, décide d'étudier la toxicité de l'imidaclopride sur les colonies d'abeilles. Cette étude a aujourd'hui disparu du site de l'Afssa.
Le protocole de Monsieur Faucon est le suivant:
"Des colonies d’abeilles ont reçu un sirop contaminé à l’imidaclopride afin de mimer une miellée de tournesol à nectar contaminé. Le nourrissement de ces colonies s’est effectué du 12 07 00 au 14 08 00 (dates de floraison des tournesols dans l’Ouest de la France). Les colonies concernées sont basées à Sophia Antipolis.(en bordure de la Méditerranée où aucun tournesol n’est cultivé).
Ces colonies ont été suivies jusqu’au printemps suivant, afin d’observer d’éventuels troubles pendant la « miellée » (mortalités au champ), mais aussi durant l’hiver (mortalités hivernales). Ce protocole devait donc permettre de vérifier les observations des apiculteurs sur le terrain.
Cette expérimentation comportait 4 lots de colonies :
(1) Témoin sans sirop,
(2) Témoin avec sirop (non contaminé),
(3) Lot avec sirop contaminé (0,5 µg d’imidaclopride / Kg),
(4) Lot avec sirop contaminé (5 µg d’imidaclopride / Kg),
Chaque colonie des lots nourris (2, 3, 4) a reçu 1 litre de sirop à 50 p 100 de saccharose, 3 fois par semaine, du 12 07 au 14 08 (13 distributions au total)."
Dans son résumé Faucon écrit ceci:
"L'exposition répétée de ces colonies à du sirop supplémenté à l'imidaclopride à des concentrations comparables à celles mesurées dans le nectar en plein champ n'a donc provoqué ni mortalité immédiate ni mortalité différée (en particulier hivernale) alors que de telles mortalités sont rapportées par de nombreux apiculteurs qui les attribuent à l'usage de ce produit d'enrobage de semences."
2. Sous la présidence de Jean Noël Tasei, la Commission d'Etude de la Toxicité des Produits Antiparasitaires à Usage Agricole et des Produits Asssimilés, des Matières Fertilisantes et des Supports de Culture (Com-Tox) se réuni le 25/03/2004 à la demande du Directeur Général de l'Alimentation.
Ses réflexions et son travail de qualité lui permettent d'écrire dans son rapport joint en pdf:
(Téléchargement compte_rendu_gpeabeilles22_nourrissement_colo.pdf
) ceci: "le groupe abeilles considère donc que cette expérimentation a été menée avec des méthodes grossières affectant la précision de données importantes (évolution du couvain, activité et taille des colonies) rendant difficile l’interprétation statistique. Par ailleurs l’entrée expérimentale d’imidaclopride est peu représentative de celle qui a lieu en conditions de champ. En dépit de ces déficiences un effet négatif sur couvain de printemps est révélé après traitement à 5 microg/kg."
3. D'autre part, le 25 octobre 2004, le Groupe de Réflexion de Vétérinaires Spécialisés en Pathologie Apicole avait publié l'article suivant (en format pdf):
Téléchargement commentaires_du_groupe_de_rflexion_vto.pdf.
Cet article a le mérite de préciser les choses dès le début: "une bonne connaissance de la biologie et du comportement de l’Abeille associée à une lecture précise du rapport par des vétérinaires spécialistes de l’abeille, met en évidence de nombreuses incohérences dans le protocole de cette étude et en invalide totalement les conclusions."
Cela va dans le même sens que les remarques de la Com-Tox.
De plus il est bien expliqué et calculé par une simple règle de trois (niveau CM2) que "Dans l’étude AFSSA, les colonies ne reçoivent que le dixième de la dose de contaminant habituellement ramené à la ruche dans les conditions naturelles."
De même, point par point et d'un façon très rigoureuse, prenant compte la biologie de l'abeille, l'étude de monsieur Faucon est remise en cause.
La conclusion de Jean-Marie Barbançon et de ses confrères est la suivante:
"L’étude de l’AFSSA Sophia-Antipolis ne peut en aucun cas simuler une miellée de tournesol traité Gaucho®, car :
• les colonies n’ont reçu qu’un dixième du substrat sucré véhiculant le contaminant par rapport à ce qu’elles ramènent à la ruche dans les conditions naturelles, en zone de grandes cultures traitées par l’imidaclopride,
• cette étude néglige complètement le rôle délétère des apports de pollen contaminé,
• l’exposition des abeilles au toxique est bien plus importante dans le cas du butinage (conditions naturelles) que dans le cas d’une simple prise de sirop dans un nourrisseur,
• le sirop peut être rapidement stocké dans les cellules sans transformation en miel, avec des contacts réduits et donc avec de moindres risques d’exposition au contaminant,
• cette étude ne permet de connaître ni la quantité de sirop contaminé réellement consommé, ni la quantité stockée pour l’hiver,
• l’appréciation de la population et de l’activité des colonies est subjective.
Cette étude de simulation n’étant pas valide, ni conforme à une miellée naturelle de tournesol en zone de grandes cultures, il n’est donc, à notre avis pas permis d’avancer les conclusions contenues dans ce rapport."
Malgré tout cela, Bayer qui commercialisait Gaucho® en France avait quand même décidé de présenter cette étude dans sa demande d'inscription de l'imidaclopride en liste positive.
4. L'Afssa, sous la plume de messieurs Aubert, Faucon et consorts répond d'une façon étonnante au groupe de vétérinaires en écrivant ceci: "Nous n’avons jamais conclu à l’innocuité de ce produit". Etonnant, lorsqu'on a écrit cela dans le résumé de leurs travaux: "L'exposition répétée de ces colonies à du sirop supplémenté à l'imidaclopride à des concentrations comparables à celles mesurées dans le nectar en plein champ n'a donc provoqué ni mortalité immédiate ni mortalité différée (en particulier hivernale) alors que de telles mortalités sont rapportées par de nombreux apiculteurs qui les attribuent à l'usage de ce produit d'enrobage de semences." En fait, ils l'avaient juste laissé entendre!
5. Enfin, il serait utile de terminer en rajoutant que le CST (Comité Scientifique et Technique de l'Enquête Multifactorielle des Troubles des abeilles) n'a pas validé cette étude de nourrissement des colonies d'abeilles effectuée par messieurs Faucon, Aubert et leurs collègues. Il est en conséquence étonnant qu'aujourd'hui encore, il soit fait référence à cette étude comme si elle faisait l'unanimité dans le milieu scientifique, ce qui est vraiment loin d'être le cas.
Conclusion: Les intérêts divergent, mais lorsque des études scientifiques sont remises en cause de façon aussi probante, il est difficile de comprendre que des intérêts autres que la protection des abeilles, donc de l'environnement, donc de l'homme et de son alimentation puissent être mis en jeu. A l'heure du Grenelle de l'environnement, il est temps que la protection de l'environnement, la biodiversité, la protection des espèces... soient au coeur de la politique au sens noble du terme, car finalement c'est l'homme qu'il s'agit de protéger aussi.
PS1. Je rappelle enfin pour finir que la dernière étude de monsieur Faucon sur 120 ruches et qui en tirait des conclusions presque définitives, a été remise à son niveau en ce qui concerne ses conclusions par Philippe Vannier, directeur de la santé animale à l'Afssa qui a conclut dans Le Monde du 19 Janvier 2008: "Ils n'ont de valeur que pour l'échantillon considéré, qui est faible. Mais l'étude apporte des éléments objectifs et précis dans un dossier où ils font défaut."
PS2. Lapalissade: "les insecticides tuent les insectes, les abeilles sont des insectes, donc les insecticides tuent les abeilles"
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