La gestion sanitaire d’un cheptel apicole peut faire appel à des médicaments vétérinaires dans un cadre thérapeutique ou prophylactique.
L’usage de ces spécialités que nous appellerons VMP (médicament vétérinaire), ne peut être que la résultante d’un acte médical vétérinaire (AMV).
I. L’acte médical vétérinaire
L’AMV se définit par :
- Un examen clinique ou nécropsique (et des examens complémentaires si nécessaire)
- Un diagnostic
- Et si nécessaire une prescription
- Enfin par la mise en place d’un programme de prophylaxie
La place du vétérinaire dans l’utilisation des médicaments dans un rucher est donc fondamentale. De part sa formation de pathologiste, de sa connaissance du médicament (par ses risques pour l’abeille, pour la gestion de la maladie à prévenir ou traiter) et du risque sanitaire pour l’homme (consommation des produits de la ruche), le vétérinaire doit avoir une place majeure.
II. Les principales molécules et formulations disponibles en pathologie apicole (cf. CODEX ALIMENTARIUS COMMISSION FAO/OMS*)
- Les acaricides (miticides - english) : utilisés dans la lutte contre Varroa destructor, Acarapis woodi, Aethina tumida et Tropilaelaps clarae
- Les acaricides strico-sensu
- Amitraze
- Fenpyroximate
- Tau-Fluvalinate
- Coumaphos
- Les acides organiques
- L’acide oxalique
- L’acide formique
- Les monoterpènes
- Thymol
- Menthol
Ces traitements peuvent se trouver sous forme de spécialités à libération prolongée (Amitraze, Tau-Fluvalinate, Thymol, Menthol) ou à usage ponctuel (acides organiques).
- Les antibiotiques : utilisés dans la lutte contre les loques européenne et américaine
- Oxytétracycline
- Tylosine
- Les substances anti-microsporidies : utilisées dans la lutte contre Nosema apis et Nosema ceranae
- Fumagilline
Selon les législations par pays, les spécialités contenant ces molécules sont des médicaments vétérinaires ou des biocides ou pesticides (ex. acaricides aux USA et Canada), et soumis à prescription (ex. antibiotiques, acaricides) ou non (ex. néoterpènes).
Quoi qu’il en soit, comme pour toute espèce de rente, l’usage des médicaments doit être effectué dans un cadre médical vétérinaire et sanitaire strict pour la protection de l’abeille et du consommateur des produits de la ruche.
III. La place des médicaments vétérinaires dans la gestion sanitaire d’un cheptel apicole : Varroose, Loques.
1. La lutte contre Varroa
Varroa, dont la prévalence est mondiale, peut causer des dégâts économiques importants dans les ruchers. La lutte doit être optimale. Puisqu’il n’est pas possible de l’éradiquer (cf. chapitre sur Varroa), il est nécessaire de permettre aux colonies de vivre avec une infestation minimale et supportable.
La place des médicaments vétérinaires ne peut que se concevoir que dans un cadre associé à des bonnes pratiques apicoles. Ce qui implique la participation active du vétérinaire à la lutte contre Varroa.
a. Connaître l’infestation de son rucher
Connaître l’infestation de son rucher permet de mettre en place une lutte optimale contre Varroa. On considère que, pour avoir un fonctionnement optimal, la ruche doit commencer la saison apicole avec un taux d’infestation maximum de 50 Varroa.
b. Mettre en place des techniques apicoles de qualités
i. Recherche d’abeilles tolérantes, voire résistantes au Varroa
ii. Mettre en place des moyens zootechniques et biotechniques
1. Piégeage de Varroa par du couvain de mâle
2. Eradication du couvain de mâle
3. Pose de plateaux grillagés
c. Mettre en place un traitement raisonné
i. Principes de base
1. Sécurité sanitaire : respect des doses, voies d’administration, modes d’application, temps d’attente et LMR (l’application se fait toujours hors miellée – honey flow period - English)
2. Respect de la réglementation : utilisation de médicaments avec AMM, prescription vétérinaire.
3. Innocuité pour l’opérateur
4. Innocuité pour les 3 castes d’abeilles et le couvain
5. Efficacité
6. Alternance pour limiter l’apparition de phénomènes de résistance de Varroa destructor aux acaricides
ii. Les traitements
La lutte contre Varroa nécessite l’usage de médicaments vétérinaires.
Les spécialités à diffusion lente ou à usage ponctuel ont toute leur place dans une stratégie de lutte contre Varroa
1. Connaître le taux d’infestation de son cheptel
L’utilisation de molécules à usage ponctuel (acide oxalique, acide formique) permet d’apprécier le taux d’infestation. Il permet également un traitement unique en cas d’infestation majeure ou d’introduction d’un essaim sauvage dans un cheptel.
2. Les stratégies de traitements
Elles vont être spécifiques à chaque rucher mais quelques règles de bases sont à observer
- Traiter toutes les ruches d’un rucher dès la fin de la dernière miellée (honey flow period). L’usage d’un traitement à diffusion lente est conseillé (ex. Amitraze sous forme de lanières) pendant plusieurs semaines avec repositionnement à mi-traitement pour éviter la propolisation des lanières.
- Effectuer un deuxième traitement devient de plus en plus utile étant donné la prévalence de Varroa et les phénomènes de manque d’efficacité des médicament et/ou de résistance constatés ces dernières années. Ces traitements peuvent être ponctuels (acide oxalique ou formique en période d’absence de couvain), ou avec une spécialité à libération prolongée avant l’hivernage ou juste avant la première miellée.
- Alterner les traitements pour limiter les risques d’apparition de résistance.
2. La lutte contre les loques : les antibiotiques en apiculture
L’utilisation d’antibiotiques en pathologie apicole doit répondre à la fois aux règles scientifiques d’usage, à la réglementation de santé animale et publique, aux conséquences économiques qu’impliquent les maladies bactériennes, aux particularités des agents pathogènes et d’Apis mellifera L. et surtout aux risques de résistance, véritable fléau mondial.
a. Principes généraux de prescription des antibiotiques**
i. Préserver l’activité des antibiotiques, garantir une utilisation rationnelle et leur innocuité chez les animaux et notamment les animaux de rente, ce que sont les abeilles.
ii. Maintenir l’animal en bonne santé d’un point de vue éthique et économique
iii. Prévenir, ou tout au plus limiter le transfert de micro-organismes résistants (et/ou leurs déterminants de résistance) entre les populations animales, et des animaux vers l’homme,
iv. Préserver l’efficacité des antibiotiques en médecine humaine et préserver et protéger la santé du consommateur.
b. Antibiothérapie et loques
Si l’existence de spécialité avec AMM est autorisée dans certains pays pour la prévention et le traitement de la loque américaine notamment, ce n’est pas le cas dans beaucoup d’autres. En France, il n’y a pas de spécialité avec AMM pour les loques mais une directive de la DGAL cadre fortement l’usage de ces antibiotiques.
i. Antibiothérapie et prophylaxie de la loque américaine
- L’utilisation d’antibiotiques pour la prophylaxie favorise l’apparition d’antibiorésistance et doit être absolument évitée.
- La prophylaxie de la loque américaine et de la loque européenne doit se faire par la mise en place des bonnes pratiques apicoles :
- Abeilles ayant un bon comportement hygiénique
- Gestion des ruches et ruchers par des visites fréquentes permettant un diagnostic précoce ; gestion sanitaire des essaims ; gestion des risques de carences (notamment protéiques) ; gestion du nourrissement des colonies ; gestion des limiter les risques de pillage et dérive.
ii. Antibiothérapie et traitement des loques
L’utilisation d’antibiotiques pour traiter les loques est très controversée. Si l’on peut comprendre les apiculteurs ayant des milliers de ruches transhumantes comme aux USA et dont le rôle est de polliniser les amandiers, les champs de coton, les agrumes, les vergers..., et leur peur de perdre tout ou partie de leurs colonies, la raison scientifique doit permettre de restreindre autant que possible l’utilisation des antibiotiques.
- Les antibiotiques ne sont efficaces que sur les formes végétatives de Paenibacillus larvae (cf. chapitre sur la loque américaine). Ainsi leur usage va uniquement blanchir et P.larvae va se maintenir sous forme de spores dans la colonie. Dès que les circonstances seront favorable pour cette bactérie, la maladie réapparaitra.
- L’utilisation massive et inappropriée d’AB a conduit à l’apparition de souches de P. larvae antibio-résistantes.
Ainsi, au niveau sanitaire, l’utilisation d’antibiotiques ne peut être considérée que comme dangereuse. Cependant, considérant les pertes économiques que la loque américaine peut causer, leur usage peut être envisager, mais uniquement dans un cadre strictement encadré, médical et associé à des mesures de techniques apicoles (transvasement – shaking bees method - English, bonnes pratiques vétérinaires apicoles…)
Ainsi, la place du médicament vétérinaire est importante dans la gestion sanitaire d’un cheptel apicole. Cependant, le médicament vétérinaire n’est qu’un moyen qui doit être la conséquence d’un acte médical vétérinaire permettant son usage dans les meilleures conditions sanitaires, médicales et scientifiques.
* JOINT FAO/WHO FOOD STANDARD PROGAMM CODEX COMMITTEE ON RESIDUES OF VETERINARY DRUGS IN FOODS _ DISCUSSION PAPER ON VETERINARY DRUGS IN HONEY PRODUCTION CX/RVDF 10/19/10 – April 2010
** SNGTV
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